Ecologie Vie Sociale

 

 

Republié

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Commentaires de notre association

Mai

2016

Influence de la Lune : c’est scientifique

Santé-Nature-Innovation

Jean-Marc Dupuis

Il est intéressant d’apprendre ces influences physiques exercées sur la Terre par la Lune.

Juillet

2016

L'électro hypersensibilité,

un nouveau syndrome dont on parle rarement

Nature & Progrès

Éric Defourny

Une bonne occasion pour parler de ce nouveau syndrome qui touche de plus en plus de personnes et qui demeure le grand oublié de la médecine traditionnelle…

Septembre

2016

Une formation à la bio dans l’enseignement supérieur…

  (la suite !)

Nature & Progrès

Alexia Fernandez

une piste pour les personnes désireuses de se recycler, et pourquoi pas dans une filière de produits naturels et locaux, un métier à la portée de tous, où l’on peut retrouver toutes nos qualités et un savoir-faire ancestraux, et produire des produits locaux et sains pour les êtres humains…

Novembre 2016

Reconnecter agriculteurs et consommateurs, une évidence, une nécessité

Nature & Progrès

Sylvie La Spina

Cet  article nous paraît d’une importance capitale pour notre santé (alimentation), pour les rapports humains qui en résulte, pour un développement sain de la chaine alimentaire.

Janvier

2017

Pourquoi les gens ne  changent-ils pas?

Nature & Progrès

Guillaume Lohest

Un article interpelant...

 

AVRIL

2019

La santé qui vient de sous vos pieds

EXPLORA 

Santé

Léopold Boileau Cet article met bien en évidence le rôle primordial de l’alimentation, dont dépend la digestion, et de ce qui s’y rattache.

AVRIL

2019

Comment protéger l'environnement avec notre mode de vie actuel Santé-Nature-Innovation Jean-Marc Dupuis Des idées intéressantes pour une transition écologique

NOVEMBRE

2019

EDITORIAL du n°124 de « Valériane », la revue de Nature & Progrès

Nature & Progrès

 

Jean-Pierre Gabriel

Enfin ! Une personne sensée de plus, qui remet les idées en place par rapport à certaines positions politiques aberrantes et déplacées à propos des problèmes environnementaux

NOVEMBRE

2019

Faillite sanitaire du système agricole intensif

Nature & Progrès Catherine Wattiez Un très intéressante et instructive analyse à propos de la faillitte et des dangers de notre "mode" de culture agricole intensive

NOVEMBRE

2019

L’anticapitalisme, impossible slogan, impérieuse nécessité

Nature & Progrès

Guillaume Lohest

Faut-il sortir du système capitaliste pour lutter, entre autre, contre le réchauffement climatique? La réponse à cette question ne donne pas de mode d'emploi pour ce qu'elle implique comme action. 
 

NOVEMBRE

2019

Avons-nous besoin des compteurs « intelligents » pour réaliser une transition énergétique efficace ?

Nature & Progrès

Éric Defourny

La vérité sur ces compteurs dits "intelligents" mais qui ne servent finalement que les intérêts de ceux qui veulent les imposer (Regardez ce qui se passe en France à propos des problèmes engendrés par ces compteurs ! )

NOVEMBRE

2019

Des céréales sans pesticides, c’est possible !

Compte-rendu de nos rencontres en fermes

Nature & Progrès

Frédérique HELLIN

Se passer complètement des pesticides chimiques de synthèse en culture de céréales, est-ce réellement possible? " Comment faire? Les cultures vont-elles tomber malades? Vont-elles subir des attaques? Et que dire des rendements avec toutes les plantes indésirables qui vont pousser sans herbicides?..." Les questions sont nombreuses, mais les alternatives sont prêtes!


 

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(Mai 2016)

Voici la " Lettre Santé Nature Innovation , de Jean-Marc Dupuis " parue le 13 mars 2016.

Vous pouvez vous abonner (gratuitement) à ces lettres via le lien :

https://www.santenatureinnovation.com/

Cet article parle de l'influence de la Lune, chose qui intéresse certains jardiniers, mais qui, d'une manière générale, peut intéresser tout un chacun car il s'agit ici d'une réalité physique que chacun vit chaque jour.

Influence de la Lune : c’est scientifique

Chère lectrice, cher lecteur,

La plupart des jardiniers bio qui m’entourent utilisent le « calendrier lunaire » pour semer, repiquer, bouturer, tailler.
Mais il faut dire la vérité : quand ils en parlent aux gens de la ville, ils sont gênés.

« Je fais avec la Lune, mais je sais que ça paraît ridicule », semblent-ils dire.

Ridicule ?
Les preuves scientifiques s’accumulent pourtant.

Des choses incroyables sur la Lune

La Lune a joué un rôle décisif dans l’apparition des être vivants sur Terre [1].
Une étude réalisée par des scientifiques suisses en 2013 a montré une réduction de 30 % du sommeil profond les jours de pleine lune [2].
Plantes et animaux pourraient avoir en eux une « horloge lunaire », de même qu’ils ont une « horloge » qui leur fait suivre le cycle jour/nuit appelé cycle circadien.
Mais il est vrai que, partout dans la presse, des scientifiques expliquent que les croyances sur l’influence de la Lune sont infondées. Même Alain Delavie, rédacteur en chef de la revue de jardinage Rustica, qui publie chaque année le calendrier lunaire, n’ose pas trop défendre son concept. Lors d’un débat au Salon de l’Agriculture, il expliquait :

« Si nous publions tous les ans un calendrier lunaire, c'est parce que nos lecteurs nous le demandent. Nous essayons de répondre à cette demande au mieux depuis la fin des années 70.[3] »

Autrement dit, « puisque ça se vend, on le fait. Mais je ne m’engage pas plus loin. »
J’ai donc décidé de creuser ce sujet pour démêler le vrai du faux. Et j’ai découvert des choses totalement passionnantes sur la Lune.

La Lune à l’origine de la vie

La principale hypothèse sur l’origine de la Lune est qu’elle serait apparue il y a 4 milliards d’années, suite à l’impact d’une gigantesque météorite sur la Terre. Cette météorite était tellement énorme qu’elle provoqua un jet de magma qui monta jusque dans l’espace et se mit en orbite autour de la Terre.
À force de tourner, ce magma prit la forme d’une boule. C’est un phénomène général, qui concerne les planètes mais aussi la pâte à pain et la pâte à modeler.
En refroidissant, cette boule de magma devint la Lune, qui est aujourd’hui complètement refroidie : il y fait -175°C à l’ombre [4] !
Mais le jour où la Lune commença à tourner autour de la Terre, il se passa autre chosequ’un nouveau joli spectacle dans le ciel nocturne, avec la succession des croissants et des clairs de lune. Ce fut, sur Terre, l’apparition des marées.
En effet, toute masse dans l’univers provoque une attraction sur les autres masses.
Or, comme la Lune tourne autour de la Terre, elle attire vers elle les objets se trouvant sur la Terre. Pour les rochers, les volcans et les montagnes, cela ne se voit pas, ils sont trop lourds.
En revanche, l’effet de la Lune se voit sur les mers, les océans et même les grands lacs : l’eau est attirée dans la direction où se trouve la Lune. Le lendemain de l’impact de la météorite qui créa la Lune, apparut donc sur Terre le phénomène des marées.
Les marées étaient d’autant plus fortes à l’époque que la Lune était beaucoup plus proche de la Terre. Grâce à la Lune apparurent donc sur la Terre des zones spéciales, comme aujourd’hui la baie du Mont Saint-Michel, qui étaient tantôt recouvertes d’eau et tantôt découvertes.
L’eau salée pouvait s’y répandre, se retirer, s’évaporer et se concentrer.
Or, il s’avère que cet environnement intermédiaire, très salé, ni trop sec ni trop mouillé, est idéal pour la formation des composés chimiques précurseurs de la vie : les acides nucléiques, qui entrent dans la composition de l’ADN.
Sur la terre sèche, ils auraient été détruits par les ultra-violets, qui auraient cassé les liaisons chimiques. Dans les océans, ils n’auraient pu apparaître non plus.
Le phénomène des marées, en revanche, aurait permis aux formes les plus primitives de la vie d’apparaître. C’est ensuite dans ces zones que de nombreuses espèces vivantes se seraient développées, conservant dans leur biologie cette notion de cycle lié à la Lune.

Des animaux qui vivent au cycle de la Lune

Aujourd’hui, la Lune met 24 heures et 50 minutes pour faire le tour de la Terre. Elle provoque donc des marées de 12 heures et 25 minutes. Et de fait on observe des animaux, comme l’Eurydice pulchra, qui s’enfoncent dans le sable à marée basse et remonte à marée haute, toutes les 12 h 25 minutes.
Si vous les mettez en laboratoire, elles continuent quelques jours à ce rythme, y compris en l’absence de marée. Crabes, homards, huîtres, moules et diverses sortes de vers de mer et de poissons vivent également au rythme des marées, et donc de la Lune [5].
Mais la Lune aurait eu d’autres effets favorables sur la vie.

La Lune favorise la biodiversité

Bruce Bills, professeur de géodynamique à la NASA, explique que les marées dans les océans contribuent à faire circuler la chaleur des eaux tropicales vers les pôles :

« Sans les marées provoquées par la Lune, les variations climatiques entre les âges glaciaires et interglaciaires auraient été moins extrêmes. O, ces glaciations ont provoqué des migrations d’animaux et d’espèces végétales qui ont probablement contribué à accélérer la différenciation entre les espèces.[6] »

La Lune aurait donc favorisé la biodiversité.

L’étonnant cycle mensuel de la Lune

Enfin, il existe un autre cycle lunaire, le temps qui s’écoule entre deux pleines lunes. Ce cycle dure 29,5 jours.
Que ces cycles de lune aient une influence sur l’être humain était autrefois un lieu commun.
Bien sûr, les hommes avaient observé l’étonnante proximité entre le cycle de la femme et les cycles de la lune.
 L’astronome Ptolémée considérait comme une évidence que « la Lune exerce son influence sur la plupart des choses du monde, car la plupart, animées ou inanimées, sont en sympathie avec elle et changent en même temps qu’elle. »
Au XIXe siècle, les malades mentaux étaient séparés dans les asiles selon qu’ils étaient ou non « lunatiques ». Il était considéré comme une évidence que les « lunatiques » voyaient leurs problèmes s’aggraver à la pleine lune, qui les plongeait dans la plus grande agitation. Ils hurlaient, ce qui n’est pas sans rappeler évidemment la légende des loups-garous, ces personnes qui se changent en loup les nuits de pleine lune.
Ce sont ces légendes, ainsi que les plaintes fréquentes de leurs collègues et étudiants sur leurs problèmes d’insomnie les nuits de pleine lune, qui ont décidé les chercheurs suisses de l’université de Bâle à étudier les effets de la pleine lune sur le sommeil. Et en effet, ils ont constaté un lien fort entre un endormissement retardé, un sommeil agité, et des difficultés à se réveiller les nuits de pleine lune (voir étude publiée dans Current Biology, citée au début de cet article).
Une explication qu’ils avancent est que l’homme primitif risquait beaucoup plus d’être découvert et dévoré par les bêtes sauvages les nuits de clair de lune. Il aurait donc appris à avoir le sommeil plus léger à ces moments-là.

Les points d’ombres qui demeurent sur l’influence de la lune

En revanche, il semble faux que la Lune ait une influence sur les naissances, malgré ce qui se raconte dans les maternités [7]. Pas d’étude fiable non plus sur le fait que se faire couper les cheveux au moment de la lune croissante accélère la repousse.
Quant à la croissance des fèves, petits pois et autres légumes du potager, Noëlle Dorien, professeur d’horticulture ornementale et auteur du rapport « Jardiner avec la Lune : mythe ou réalité ? », elle n’y croit pas. Selon elle, « les pseudo tentatives d'explication du phénomène lunaire induisent les gens en erreur ».
Toutefois, elle reconnaît par ailleurs qu’il est « difficile de réaliser des expérimentations valables sur les phases de la Lune car il n'y a pas de témoin possible : lors d'un semis en phase racine, par exemple, on ne peut pas avoir au même moment un jour “non racine” pour comparer les deux [8] ».
Il s’agit donc d’un problème de méthode scientifique ! Il n’y aurait pas de méthode permettant aux chercheurs de démontrer si les jardiniers qui cultivent selon la Lune ont tort ou raison ! Mais quant aux constatations pratiques sur le terrain, je suis convaincu que les lecteurs de Santé Nature Innovationont leur petit mot à dire sur le sujet… Je vous invite donc à vous exprimer en vous rendant sur le lien suivant, si vous jardinez, comme moi, avec la Lune !

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Sources:

[1] Without the Moon, Would There Be Life on Earth?

[2] Evidence that the Lunar Cycle Influences Human Sleep

[3] La Lune a-t-elle une réelle influence sur les plantes ?

[4] Froids records sur la Lune

[5] Voir « Moostruck », par Ernest Taylor, Oxford, 229 pages, 2016.

[6] Without the Moon, Would There Be Life on Earth?

[7] Effet de la Lune sur les naissances

[8] La Lune a-t-elle une réelle influence sur les plantes ?

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Les informations de cette lettre d'information sont publiées à titre purement informatif et ne peuvent être considérées comme des conseils médicaux personnalisés. Aucun traitement ne devrait être entrepris en se basant uniquement sur le contenu de cette lettre, et il est fortement recommandé au lecteur de consulter des professionnels de santé dûment homologués auprès des autorités sanitaires pour toute question relative à leur santé et leur bien-être. L’éditeur n’est pas un fournisseur de soins médicaux homologués. L’éditeur de cette lettre d'information ne pratique à aucun titre la médecine lui-même, ni aucune autre profession thérapeutique, et s’interdit formellement d’entrer dans une relation de praticien de santé vis-à-vis de malades avec ses lecteurs. Aucune des informations ou de produits mentionnés sur ce site ne sont destinés à diagnostiquer, traiter, atténuer ou guérir une maladie.

La Lettre Santé Nature Innovationest un service d'information gratuit de Santé Nature Innovation(SNI Editions).

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(Juillet 2016)

Voici un article paru dans Valérianen° 119 édité par l’asbl Nature & Progrès : «L'électro hypersensibilité, un nouveau syndrome dont on parle rarement » ,  republié via notre site, avec l'accord de Natpro, et dont l'auteur se nomme Éric Defourny.

Une association pour la reconnaissance de l'électro hypersensibilité vient de voir le jour en Belgique. Une bonne occasion pour parler de ce nouveau syndrome qui touche de plus en plus de personnes et qui demeure le grand oublié de la médecine traditionnelle…

L'électro hypersensibilité, un nouveau syndrome dont on parle rarement

Par Éric Defourny

« Le GSM, c'est vraiment le pire ! C'est ça qui me donne le plus mal à la tête. Le Wifi et les téléphones fixes sans fil DECT me causent aussi des problèmes, mais un peu moins que les GSM."

Julien (1), quinze ans, habite la province de Liège. Avec une maturité étonnante, il raconte son calvaire : "A partir de mes huit-neuf ans, j'ai commencé à attraper de plus en plus souvent mal à la tête et à avoir divers autres ennuis de santé. Mes parents et moi avons alors cherché la cause de mes problèmes pour tenter de les solutionner. Nous avons cherché dans toutes les directions et essayé des tas de choses. Après des mois et des mois de recherches intenses, ma mère, ayant entendu parler de la nocivité des technologies sans fil, a supprimé le Wifi et le téléphone sans fil DECT que nous avions à la maison. Mes maux de tête ont alors diminué. C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte à quel point les ondes électromagnétiques sont nocives. Malheureusement, supprimer le Wifi et le téléphone sans fil DECT n'a pas suffi à faire disparaître complètement mes maux de tête et tous mes autres problèmes, comme les sifflements dans les oreilles, les difficultés pour me concentrer, la fatigue, les nausées, les problèmes de sommeil... Ma mère a alors eu l'idée de faire venir un spécialiste pour mesurer la pollution électromagnétique dans notre maison. Ces mesures nous ont fait prendre conscience qu'il y a beaucoup d'antennes de téléphonie mobile autour de notre maison et que nous sommes fortement exposés aux ondes GSM à l'intérieur même de notre maison. Suite à ces mesures nous avons mis des protections anti ondes dans ma chambre afin que j'arrive à mieux récupérer la nuit. Cela m'aide mais je reste très sensible à ces ondes et je dois les éviter au maximum. Actuellement, c'est vraiment devenu très compliqué parce que ces ondes sont partout. Par exemple, dans le bus pour aller à l'école, c'est terrible toutes les ondes qu'il y a ! Et puis tout près de l'école, il y a une antenne, et dans l'école il y a le Wifi partout et en plus, il y a les GSM que chacun porte sur soi."

Les effets des ondes sur le corps humain

Des personnes électro hypersensibles comme Julien, il y en a de plus en plus. Ce syndrome se propage depuis quelques années, partout dans le monde, précisément là où les technologies sans fil se sont généralisées. Mais comment se fait-il que certaines personnes se sentent mal lorsqu'elles sont exposées à ces ondes ?

Le Docteur Pilette, dans son livre Antennes de téléphonie mobile, technologies sans fil et santé (2), explique l'influence que ces ondes peuvent avoir sur le fonctionnement du corps humain. Il explique notamment qu'un des matériaux les plus conducteurs d'ondes, donc qui les absorbe le plus facilement, est la magnétite (aimant naturel). Or notre cerveau contient… "cinq millions de cristaux de magnétite par gramme de tissu, et les enveloppes méningées qui entourent le cerveau, elles, en contiennent plus de cent millions par gramme de tissu..." (3) ! Notre cerveau est donc un véritable capteur d'ondes. La science ne connaît pas encore le rôle exact joué par tous ces cristaux de magnétite dans notre cerveau. Une hypothèse serait que ces cristaux servent à nous orienter et à capter le champ magnétique naturel terrestre. Or nous sommes actuellement entourés par une multitude d'ondes électromagnétiques artificielles dont l'intensité, dans son ensemble, est nettement plus importante que celle des ondes électromagnétiques naturelles. Exprimées en μW/m2 (microwatts par mètre carré), les micro-ondes de la téléphonie mobile, par exemple, sont des millions et souvent des milliards de fois plus intenses que les micro-ondes naturelles. D'autre part les micro-ondes de la téléphonie mobile sont généralement pulsées, ce qui n'est pas le cas des micro-ondes naturelles. Il ne serait donc pas étonnant que ces ondes artificielles perturbent le fonctionnement de notre organisme.

Le Docteur Pilette explique encore l'influence qu'ont les ondes électromagnétiques de haute fréquence sur la synthèse de l'ATP - adénosine triphosphate -, la molécule qui est le réservoir principal d'énergie de nos cellules. "La synthèse de l'ATP, écrit-il, s'effectue sous l'action de différents enzymes qui ont besoin de magnésium pour leur fonctionnement.

Comme la plupart des éléments dans la nature, le magnésium est formé d'un mélange de plusieurs sortes de magnésium, les isotopes de magnésium (...). En présence de magnésium-25, les enzymes qui synthétisent l'ATP produisent deux à quatre fois plus de cette molécule énergétique qu'en présence de magnésium-24 ou de magnésium-26. Ceci est dû au fait que le magnésium-25 produit un champ magnétique que ne produisent pas le magnésium-24 et le magnésium-26. Les activités enzymatiques essentielles de notre organisme fonctionnent donc avec le magnétisme et sont par conséquent influencées par les champs électromagnétiques externes. En agissant sur ces activités enzymatiques, les micro-ondes peuvent empêcher les cellules de produire de l'énergie en quantité suffisante et ainsi affecter profondément le métabolisme cellulaire. Nous comprenons dès lors qu'un des premiers symptômes rencontrés lors d'une exposition chronique aux micro-ondes est la fatigue." (3)

Les objectifs de l'AREHS

Nous pourrions donc dire que l'organisme de chaque humain est électro sensible mais que cette sensibilité ne s'accompagne pas nécessairement de symptômes physiques désagréables. Ces symptômes physiques désagréables, plus ou moins faciles à mettre en lien avec les ondes électromagnétiques, n'apparaissent que chez certaines personnes. En plus des symptômes dont souffre Julien, voici d'autres symptômes qui peuvent être dus aux ondes électromagnétiques et qui ont été répertoriés par des médecins et scientifiques (4) : modification de la tension artérielle, tremblements, troubles de la vue, vigilance atténuée, palpitations, arythmie cardiaque, crises d'épilepsie, irritabilité, douleurs musculaires...

Certains médecins ont encore constaté que l'exposition à ces ondes augmente le risque de maladie d'Alzheimer, d'infarctus, d'accidents vasculaires cérébraux et de maladies cancéreuses, comme les leucémies et les tumeurs cérébrales.

Quels sont les objectifs de l'Association pour la Reconnaissance de l'Electro hypersensibilité (AREHS) ? Les principaux objectifs de l'AREHS sont de faire reconnaître en Belgique l'électro hypersensibilité comme handicap mais également d'obtenir que les personnes électro hypersensibles puissent vivre, se former et travailler dans un environnement électromagnétique qui leur convient. Ceci implique notamment l'existence de zones sans ondes électromagnétiques artificielles - des zones blanches -, d'écoles et de lieux de travail exempts d'ondes électromagnétiques perturbatrices comme, par exemple, celles du Wifi. D'une manière générale, l'association veut informer sur l'ensemble des nuisances liées aux ondes électromagnétiques artificielles…

En pratique, que peut-on faire pour aider les personnes électro hypersensibles ? Bien évidemment vous pouvez devenir membre de l'AREHS ou faire un don à l'association. Mais vous pouvez aussi aider les personnes électro hypersensibles, comme Julien, d'une autre manière : en réduisant, au maximum, la pollution électromagnétique haute fréquence que vous engendrez, probablement sans le savoir ni le vouloir.

Savez-vous que chaque fois que vous utilisez votre GSM, smartphone, tablette, etc., l'antenne la plus proche de vous augmente sa puissance d'émission et engendre, de ce fait, une pollution plus grande dans tout son environnement ?

En pratique vous pouvez donc :

- réduire au maximum l'usage de votre GSM, smartphone, tablette, etc.,

- éteindre le plus souvent possible ces appareils car, même en veille, ils émettent encore des ondes qui peuvent causer des ennuis aux personnes électro hypersensibles que vous croisez,

- remplacer votre téléphone fixe sans fil DECT par un téléphone avec fil pour ne pas polluer votre voisin éventuellement électro hypersensible,

- éteindre votre Wifi quand vous ne vous en servez pas ou, mieux, remplacer votre Wifi par une connexion filaire tout en veillant à désactiver la fonction Wifi (5).

En plus d'aider les personnes électro hypersensibles, toutes ces dispositions sont, selon de nombreuses études, aussi bénéfiques pour votre propre santé

Le rêve de Julien

" Avec toutes les ondes qu'il y a partout, il est devenu impossible pour moi d'aller à l'école.

Cette année je reçois des cours à domicile. J'espère bien que plus tard j'irai mieux et que je pourrai faire des études d'horticulture. Pour bien faire, je devrais vivre dans un endroit où il y a très peu d'ondes dans l'environnement - une zone blanche - mais c'est vraiment très difficile à trouver..." . Et Julien de conclure ainsi l'entretien : " les ondes GSM sont vraiment très nocives. Il y a tant d'études scientifiques qui le prouvent. Les gens ne s'imaginent pas à quel point ils s'empoisonnent avec ça..."

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(encadré - dans le livre)

Appel aux personnes électro hypersensibles

Il est essentiel, afin que l'AREHS puisse mener à bien ses objectifs, que l'association ait le soutien d'un maximum de personnes électro hypersensibles. Concrètement, si vous souffrez de ce syndrome, vous l'aiderez grandement en remplissant le questionnaire qui est disponible sur le site de l'association. Il peut aussi vous être envoyé par courrier postal. Les données recueillies resteront confidentielles et ne seront communiquées à aucun tiers. Merci de transmettre cet appel à toutes les personnes électro hypersensibles que vous connaissez !

AREHS (Association pour la Reconnaissance de l'Electro hypersensibilité)

rue du Bransart, 75 - 5020 Malonne

Tél. : 081/44.13.65 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.- www.arehs.be

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L'argile pour atténuer les ondes

En partant du constat du bain d'onde dans lequel nous sommes immergés et du problème réel que cela pose à certaines personnes plus sensibles, sachons que nous pouvons nous protéger à l'intérieur de notre maison. On n'y pense pas toujours par rapport à d'autres solutions techniques - les écrans rigides ou souples avec trame métallique, peintures et revêtements, rideaux spéciaux, etc. - mais les murs enduits à l'argile procurent une bonne atténuation en laissant passer peu de puissance d'ondes de hautes fréquences, sans vieillissement du matériau et sans effet "miroir", c'est-à-dire la réflexion sur les parois des ondes émises ou entrées dans la pièce. Cela s'ajoute aux autres grandes qualités de cette matière naturelle. Pour les fenêtres, les vitrages thermiques faible émissivité ont aussi un effet mesurable. Des châssis comprenant un renfort d'aluminium mis à la terre peuvent compléter la protection. Pensons-y pour la chambre à coucher au moins…

Fabrice de Bellefroid

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Notes:

1. Le nom de la personne interviewée a été changé pour préserver son anonymat.

2. Livre basé sur plus de sept cents références scientifiques, disponible gratuitement sur le site www.teslabel.be

3. Citation avec l'aimable autorisation de l'auteur.

4. Appel de Fribourg, 2002.

5. Malheureusement le système CPL - "courant porteur de ligne", un système qui transmet le signal internet via le réseau électrique - n'est pas une alternative valable pour le Wifi. Ce système CPL, en effet, rajoute encore des hautes fréquences au réseau électrique.

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(Septembre 2016)

 Voici un article paru dans Valérianen° 120 édité par l’asbl Nature & Progrès : « Une formation à la bio dans l’enseignement supérieur…- la suite ! » , par Alexia Fernandez,  republié via notre site, avec l'accord de Natpro.

 Un article fort important, car c’est une piste pour les personnes désireuses de se recycler, et pourquoi pas dans une filière de produits naturels et locaux, un métier à la portée de tous, où l’on peut retrouver toutes nos qualités et un savoir-faire ancestraux, et produire des produits locaux et sains pour les êtres humains…

Une formation à la bio dans l’enseignement supérieur…

La suite !

Par Alexia Fernandez

Il y a un an exactement - dans Valériane n°114, de juillet-août 2015 -, nous vous avons fait découvrir le tout nouveau diplôme en agriculture biologique mis en place par Haute Ecole de la Province de Namur (HEPN) sur le campus de Ciney. Elle devait débuter en septembre dernier et c’est effectivement chose faite depuis le mois d’octobre 2015. La formation a enfin commencé ! Voici un bref bilan d'une première année…

Cette formation, toujours unique dans l’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie Bruxelles, permet à des étudiants en possession d’un diplôme de bachelier en agronomie (1), de suivre un an de spécialisation professionnalisant en agriculture biologique. Grâce à ce diplôme, le secteur bio wallon aura enfin à sa disposition des personnes spécialisées, des techniciens mais aussi des conseillers aptes à soutenir sa très forte croissance. Les compétences acquises en lien direct avec le terrain feront de ces étudiants les chevilles ouvrières d’un secteur en soif de professionnalisation et d’organisation.

Un enseignement actif

Une nouvelle collaboration entre Hautes-écoles wallonnes en agronomie a porté ses fruits ! En effet, les élèves, en plus de leur cours à Ciney, ont l’occasion de se déplacer à Spa et à Ath pour trois jours de cours intensifs dans d’autres spécialités du domaine de l’agriculture biologique. Cette nouvelle formation comprend, en effet, des activités qui permettent aux étudiants d’acquérir une réelle expérience du terrain. Pendant le premier quadrimestre, ils ont entre autre pu accompagner un agriculteur de Ciney qui voulait passer d’un modèle d’agriculture conventionnelle à celui de l’agriculture bio. Dans cet exercice, ils ont réalisé des visites, un audit, des mesures de terrain pour établir un plan de conversion comprenant une rotation de cultures adaptée au bio. Ils ont pu présenter ce plan, fin décembre, à l’agriculteur accompagné de sa famille…

Les étudiants ont aussi décidé de participer à un programme d’apprentissage de création d’entreprise (2) qui vise à créer un projet d’entreprise innovant, de l’idée au prototype, appuyé par un dossier financier. Les deux groupes participants ont commencé à créer leur entreprise de production de biscuits, à haute valeur nutritive, fabriqués à partir de coproduits de brasserie ou de pressage de pomme. Pour ce faire, ils ont suivi un programme de formation à la création d’entreprise et ont entrepris diverses démarches dans ce sens.

Tout au long de cette année de spécialisation, les élèves ont notamment dû suivre trois cours principaux sur les normes, la réglementation et les filières de l’agriculture bio. Ils ont pu découvrir et travailler sur les filières biologiques avec les différentes tendances actuelles. Ces cours sont toujours basés sur les principes de la pédagogie active, c’est-à-dire qu’ils comprennent des mises en situation réelles qui permettent aux étudiants de découvrir la matière activement et d’être d’autant plus intéressés par le cours

Une organisation du temps qui permet aussi… de travailler !

Les étudiants ont aussi réalisé de nombreuses visites. Citons notamment : la boulangerie Legrand, la boucherie Bioherin - www.bioherin.be -, Interbio - www.interbio.be -, la ferme de Stée, la ferme Counasse - www.fromagerie-counasse.be/la-ferme -, la ferme Raucq, les Trois petits fours et Bioschuurke - www.bio-billens.be -, un arboriculteur bio en Flandre. Lors de ces visites, ils ont pu découvrir différents terroirs et différentes filières…

Pour pouvoir mener à bien toutes ces activités, les horaires ont été organisés de façon particulière : un horaire décalé avec deux journées et deux soirées. Les trois autres journées complètes pouvaient être consacrées à des visites, des formations ou à travailler sur des projets. Cette organisation est intéressante car elle permet aux étudiants qui ont déjà un pied dans le monde du travail - certains travaillent déjà à temps plein ! - de suivre cette spécialisation. François de Gaultier, ayant étudié un an en Autriche, témoigne des avantages de ce système : "avec cette organisation qui a déjà lieu depuis des années en Autriche, les étudiants peuvent travailler en même temps et donc financer leur études tout en trouvant un sens à leur apprentissage…"

Arrivés à la moitié de l’année, les étudiants doivent réaliser un stage de cinq mois et rédiger un travail de fin d’étude. Les stages en entreprise se font soit en production, soit en transformation, soit en structures de conseil technique. Les travaux de fin d'étude (TFE) concernent l’agroforesterie, l’étude de la filière des légumes frais, les freins à la conversion au bio, etc. Ces travaux permettent d’aller sur le terrain, de prendre des contacts et d’appliquer les concepts vus en cours...

Des acteurs très divers

En ce qui concerne les étudiants, ils viennent de toute la Wallonie. La moitié ont déjà une ferme ou possèdent une expérience de l’agriculture, alors que les autres sont simplement des passionnés du milieu. Ces derniers voudraient soit s’installer avec leur propre projet de production et/ou transformation, soit soutenir le secteur dans un des maillons de la filière : conseil, encadrement, certification, développement de filières, animation de groupements d’agriculteurs, etc

Les professeurs sont, eux, tous des spécialistes qui travaillent dans le secteur de l’agriculture biologique. Il est possible de les rencontrer lors des journées portes ouvertes qui se tiendront à Ciney - 61, avenue de Namur - les samedis 25 juin et 10 septembre, entre 9 et 13 heures.

À l’heure actuelle, la bio, en plus d’avoir le vent en poupe, apparaît aux yeux d’un nombre croissant d’acteurs comme une alternative incontournable aux systèmes de production habituels, en renouant le lien entre le producteur et le consommateur et en prenant en compte les valeurs écologiques qui sont particulièrement chères aux yeux d'associations telles que Nature & Progrès, par exemple…

Notes:

(1) L'inscription est également possible via la valorisation des acquis de l'expérience

(2) Young Enterprise Project : YEP. Site internet : http://www.lje.be/index.php/nos-programmes/young-enterprise-project

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no(Novembre 2016)

Voici un article paru dans Valériane août 2016, édité par l’asbl Nature & Progrès.

Cet  article " Reconnecter agriculteurs et consommateurs, une évidence, une nécessité ! " , nous paraît d’une importance capitale pour notre santé (alimentation), pour les rapports humains qui en résulte, pour un développement sain de la chaine alimentaire.

Nous souhaitons vivement que tous les consommateurs que nous sommes en prennent conscience et s’alimentent sur ce mode – naturel – de l’organisation de la chaine alimentaire.

Reconnecter agriculteurs et consommateurs, une évidence, une nécessité !

Par Sylvie La Spina

Un fossé s’est creusé entre l’amont et l’aval de la chaîne alimentaire. Agriculteurs et consommateurs sont devenus des étrangers, et souvent, ils ne se connaissent plus ou ne se comprennent plus. Pourtant, il est crucial, suites aux dérives et crises qu’ont connues le secteur agricole ces dernières décennies, de rassembler producteurs et consommateurs autour de l’avenir de notre agriculture. Il est plus que jamais temps de renouer le dialogue, de concilier les attentes des uns et des autres, de se montrer solidaires et unis. 

Ensemble, agriculteurs et consommateurs, retisser des liens !

 Dans le cadre de son projet « Echangeons sur notre agriculture », Nature & Progrès s’est penchée sur le pourquoi et le comment d’une reconnexion entre agriculteurs et consommateurs. Lors d’un sondage puis d’une journée consacrée à ce thème, les citoyens et producteurs ont pu exprimer leurs avis, faire le bilan des attentes des uns et des autres et réfléchir à la réalisation concrète d’actions permettant leur rapprochement. Le processus a abouti à la réalisation de six fiches-actions, sortes de modes d’emploi aidant tout volontaire à réaliser des actions au niveau local. Et ce n’est pas fini !

 L’importance d’un nouveau dialogue

 Pourquoi est-il important de rapprocher agriculteurs et consommateurs ? Les arguments émis par les deux parties ne manquent pas.

Les consommateurs souhaitent que les producteurs retrouvent un sens à leur travail, à leur métier : « Pour que les agriculteurs se rendent mieux compte que leur labeur sert à quelque chose et à quelqu'un ».

Ils souhaitent également que les producteurs soient honnêtes, de confiance et prennent davantage en compte les attentes des citoyens dans leurs pratiques. On veut du bio, le respect des animaux et du sol, la qualité des produits, la création d’emploi…

« Les consommateurs ont beaucoup d'attentes, et le monde agricole doit les écouter ».

 Agriculteurs et consommateurs ont également beaucoup d’attentes envers les autres consommateurs.

Il faut qu’ils apprennent à mieux connaître le métier d’agriculteur, afin de ne pas le juger trop vite et en comprennent les contraintes.

« Les consommateurs ont une idée complètement déformée de la réalité agricole ».

« Les saisons et leurs aléas (non-disponibilité de certains produits), les conditions de travail, la nature et ses caprices (formes, goût, abondance…)… ». Il faut que chacun prenne conscience de l’importance du métier d’agriculteur.

« Tout le monde mange trois fois par jour et a donc besoin de nous. Ça serait bien qu'ils comprennent mieux ce que nous faisons pour comprendre la vraie valeur de ce que nous produisons ».

« Mieux faire connaître ce métier, préserver ce savoir-faire, encourager les repreneurs, les jeunes agriculteurs ».

Il est important que le consommateur redécouvre l’importance de l’aliment, de sa qualité, de sa valeur et réduise le gaspillage.

« Il est clair que l'alimentation quotidienne, son origine, sa transformation, etc. ne sont plus les questions premières que les consommateurs se posent en achetant les produits.

Ils échangent de l'argent contre un produit, un service sans même savoir qui, quoi, comment, combien.

« Il faut recentrer certaines valeurs actuellement oubliées ».

Il faut que chacun redécouvre que les aliments ont un visage !

« Je sais que lorsque j’achète ses produits, je soutiens ses pratiques et son élevage, je lui permets de nourrir sa famille, je vois son fils sur le tracteur qui envisage de devenir fermier lui aussi… ».

« Connaître les producteurs de son alimentation ajoute une saveur inestimable aux repas ».

Une fois le citoyen conscient de la valeur de l’aliment et de son producteur, il pourra redevenir un consommateur éclairé et responsable.

« Les consommateurs ont un rôle indéniable à jouer quant à leurs habitudes de consommation.

Il est essentiel qu'ils comprennent que leurs actes sont un réel choix politique, et un modèle sociétal à soutenir.

Le citoyen doit se rendre compte qu’il a un réel poids dans la balance pour faire changer les choses ».

Enfin, il est crucial que le consommateur accepte de fournir le juste prix au producteur, en lien avec ses pratiques et la qualité de ses produits.

« Il est important que le citoyen connaisse les gestes qui précèdent l'acte de consommation.

Il ne suffit pas de semer pour récolter et manger...

S’il a la conscience du travail accompli avant son assiette, il acceptera plus facilement de payer un juste prix ».

En résumé, la reconnexion entre agriculteurs et consommateurs permettra de mieux se connaître, mieux se comprendre et d’être attentif aux attentes des uns et des autres. C’est indispensable pour, ensemble, penser l’avenir de notre agriculture !

 Comment en sommes-nous arrivés à cette déconnexion ?

 Un fossé s’est creusé entre citoyens et agriculteurs. Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut retourner quelques décennies en arrière.

Depuis toujours et jusque récemment, l’agriculture était l’activité principale des villages : il fallait se nourrir, été comme hiver.

La plupart des maisons villageoises comprenaient un potager, une étable accolée à l’habitation où étaient soignés les animaux, et parfois même un four à pain, petit bâtisse en pierre située à proximité de la maison.

Chacun participait aux lourds travaux des récoltes, moissons, fenaisons… L’autonomie alimentaire était au cœur des villages. Même dans certaines régions au climat rude et au sol pauvre actuellement peuplées de prairies et de bovins, les cartes anciennes - voir notamment les cartes de Ferraris de 1777 - montrent l’importance passée des cultures de céréales et de pommes de terre, l’existence d’anciens moulins qui permettaient de transformer le grain en précieuse farine…

Après-guerre, le développement du commerce et des transports a marqué la fin de ces activités dans bon nombre de villages : le coût de production d’une céréale ardennaise n’est pas comparable à celui d’une céréale hesbignonne, même si l’on considère le prix du transport.

Les activités agricoles des villages se sont focalisées vers un ou deux secteurs rentables.

Le progrès technique a aussi permis de réduire considérablement la main d’œuvre nécessaire à l’agriculture, et le développement des secteurs secondaires et tertiaires dans les villes a attiré le citoyen.

Les supermarchés se sont développés pour nourrir cette population citadine grandissante, enrichissant leur gamme de produits avec ceux d’autres pays et continents et ceux de l’industrie agro-alimentaire en plein développement.

L’alimentation est devenue dessaisonnée et mondialisée. Le prix, la publicité et le marketing dirigent les achats des consommateurs.

Le lien entre producteur et consommateur s’est alors rompu.

Les agriculteurs ont été poussés à produire de la matière première pour l’industrie, ce qui permettait de fournir une alimentation meilleur marché grâce aux économies d’échelle. L’aliment est devenu anonyme, l’agriculteur, un étranger.

La campagne aussi a bien changé. « Les parcelles agricoles à la démesure extravagante ont été dépouillées des haies qui les divisaient […].

Les aubépines et les pommiers sauvages ne sont plus qu’un souvenir.

On appelle ça le remembrement : ça dit bien que la première étape fut le démembrement, l’écartèlement.

Les véhicules agricoles, gros comme des cathédrales, ont eu raison des chemins peu de temps après avoir envoyé les chevaux à la boucherie ».

« Le village paisible s’est transformé en cité dortoir, et les vieilles fermes sont devenues des gîtes pour les vacanciers, qui envahissent l’été et importent la ville et ses absurdités dans un monde rural qui s’en passait tellement bien. Plus d’épicerie, plus de cordonnier, plus de tailleur ni de forgeron, mais des centres commerciaux tentaculaires où on se presse pour se distraire de la vie en achetant frénétiquement » (1).

L’alimentation a cédé sa place aux technologies dans les priorités d’achat de nombreux consommateurs : seulement 13 % du budget des ménages sont consacrés à la nourriture, tandis que les frais liés au logement, aux transports et aux télécommunications explosent.

Pourtant, une alimentation saine est la base de la vie et de notre santé !

La perception de l’agriculture est fortement influencée par les médias, les publicités, les réseaux sociaux, les documentaires…

Elle se retrouve souvent décalée par rapport aux réalités locales.

Un dialogue s’est rompu entre le producteur et le consommateur.

 L’avenir est devant nous !

 Nous pourrions être pris de nostalgie. Ah, le bon vieux temps… si on pouvait y retourner ?

Mais n’oublions pas que c’était aussi une époque difficile, où le labeur était intense, le confort, presque inexistant, la pauvreté, de mise.

De nombreux récits nous le rappellent : « Jeune enfant embauché dès huit ans chez un fermier, il était abruti par la terre, rompu de fatigue, grisé par l’air vif, la fumée des fanes trainant sur les essarts »(2).

S’il faut s’inspirer de l’histoire, c’est avant tout pour comprendre l’évolution de notre société et en tirer les enseignements afin d’agir sur le présent.

Nous sommes dans une période de prise de conscience des erreurs du passé.

On ne compte plus les initiatives publiques et citoyennes pour aller vers le changement.

L’agriculture biologique connait un essor sans égal suite à la reconnaissance des impacts de l’utilisation de pesticides sur la santé et sur l’environnement. Des aides permettent à chacun de planter haies et vergers qui ont régressé au siècle dernier. Des citoyens se mobilisent pour rendre l’accès à la terre de producteurs devant les dérives liées au foncier.

Le circuit court revient à l’avant de la scène pour permettre aux producteurs d’échapper aux pressions de la grande distribution.

La traction animale refleurit dans nos campagnes, chez les maraîchers mais aussi dans nos communes…

Comme le suggère le documentaire « Demain », il est crucial de poursuivre le développement des initiatives locales, de continuer dans cette voie positive… et ensemble, agriculteurs et consommateurs, nous l’avons fait !

 Des actions concrètes pour rapprocher agriculteurs et consommateurs

 - Favoriser les rencontres "commerciales"

 Une multitude de possibilités existent pour que le consommateur ait accès à des produits locaux : vente à la ferme, marchés locaux, groupements d’achats communs, magasins partagés, achats en ligne… La diversité de ces initiatives permet à chaque producteur et à chaque consommateur de trouver la formule qui lui convient en fonction de ses disponibilités en temps et en énergie. Il est important que ces modes de vente de produits locaux permettent un dialogue avec le producteur, et lorsque ce n’est pas possible, qu’ils donnent de l’information sur la ferme et mettent un visage sur les produits. Il est faudrait développer et encourager les initiatives de vente en circuit court en fonction de la demande locale en produits fermiers. Il faut également référencer les initiatives existantes, les étudier, les comparer, augmenter leur visibilité et les promouvoir.

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- Evaluer l'offre et la demande de produits locaux pour stimuler le marché

 Comment savoir quels sont les desiderata des consommateurs en produits locaux ?

Cherchent-ils des fromages, des légumes, de la volaille près de chez eux ?

Identifier la demande permettra à des producteurs de s’installer ou de se diversifier dans la région ! C’est l’objet de notre fiche-action 6 !

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- Faire connaître localement les initiatives de consommation locale

 Magasins à la ferme, marchés locaux, groupements d’achats, coopératives de producteurs, achats en ligne de produits (ruches, topino…)…

De nombreuses initiatives favorisant la consommation locale ont fleuri sur notre territoire.

Comment les faire mieux connaître du public local ?

C’est l’objet de notre fiche-action 5 !

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- Visiter, discuter, pratiquer

 Rapprocher agriculteurs et consommateurs ne passe pas obligatoirement par un lien commercial, fort heureusement ! D’autres possibilités existent pour que les citoyens puissent mieux connaître l’agriculture de leur région.

Les visites de fermes, fermes ouvertes et fêtes agricoles sont un excellent moyen de découvrir le métier et les pratiques.

Il est néanmoins important que le côté festif n’empiète pas sur la découverte de la réalité de la ferme.

En effet, il est courant que des visiteurs rentrent chez eux avec un meilleur souvenir du château gonflable pour les enfants que des démonstrations de traite qui avaient lieu à la ferme.

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- Création d'un "guide fermier"

 Quoi de mieux que la visite d’une ferme pour mieux connaître l’agriculture ?

Mais les producteurs n’ont parfois pas le temps, ou ne sont pas à l’aise avec un public.

Et si on créait un "guide fermier", à l’instar des guides-nature ou guides touristiques ? C’est l’objet de notre fiche-action 2 !

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 Il est aussi possible de discuter d’agriculture lors de rencontres-débats organisés dans la région. Différentes pièces de théâtre circulant actuellement en Wallonie et traitant de l’agriculture sont suivies de débats permettant un échange entre producteurs et consommateurs.

Il en est de même pour différents documentaires.

Afin de mieux se rendre compte de la réalité de la production, il faudrait stimuler les initiatives d’autocueillette chez le producteur, de woofing, les stages à la ferme ou les potagers collectifs.

 - Parler d’agriculture, partout !

 Pourquoi ne pas immiscer l’agriculture à travers des activités en lien avec la nature, le tourisme, la cuisine, le jardinage, la santé…, des domaines connaissant beaucoup de passionnés et fortement en lien avec le monde agricole ?

Une facette agricole pourrait être ajoutée aux émissions télévisées, articles de journaux, stages… sur ces sujets.

Il serait intéressant de diffuser dans les médias, via des articles, des vidéos, des blogs, des publications sur les réseaux sociaux… des informations sur l’agriculture et sur les producteurs locaux.

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- Sensibiliser à une alimentation bio et locale via les réseaux sociaux

 Les réseaux sociaux sont un canal de communication important vers le tout public.

Des pages y sont créées afin d’échanger savoirs et expériences, des défis sont relayés par les internautes…

Quelle action pourrait-on développer pour faire découvrir les producteurs locaux et leurs produits ? C’est l’objet de notre fiche-action 1 !

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Il est aussi possible de faire découvrir au public les agriculteurs locaux et leurs produits lors de tout événement, même étranger à l’agriculture, grâce à des dégustations ou à la promotion des produits locaux lors de repas organisés à différentes occasions (souper de club de foot, fancy-fair…). On peut aussi imaginer un repas local organisé dans un village, une commune, en vue de rassembler les habitants et les fermiers.

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- Organisation d'un repas local

 Et si on réunissait les habitants d’une commune autour de leurs agriculteurs à l’occasion d’un repas.

Ce repas mettrait à l’honneur les produits de ces fermes et leurs agriculteurs.

Une occasion de faire mieux connaissance et de découvrir les saveurs locales ! C’est l’objet de notre fiche-action 3 !

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- Des actions transversales 

 Et si on prenait un peu de toutes ces bonnes idées pour l’organisation d’une semaine sur le local ?

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Organisation d'une semaine sur le local

 On connaît la semaine bio, la semaine du commerce équitable… et pourquoi pas une semaine sur le local ?

Elle permettrait de faire connaître les producteurs locaux, de découvrir leurs produits, de comprendre l’importance de l’achat de proximité, lié à une agriculture de proximité. C’est l’objet de notre fiche-action 4 !

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On continue ?

Multiplions encore les pistes ! Le sondage qui a permis de rassembler toutes les idées d’actions concrètes continue ! N’hésitez pas  l’enrichir de vos idées, nous mettrons à jour la liste des actions régulièrement !

Concrétisons les pistes ! A travers les ateliers, lors du colloque de décembre, nous avons réfléchi à la concrétisation de certaines de ces pistes.

Des fiches ont été établies et diffusées. Des fiches complémentaires pourront être réalisées pour d’autres pistes !

Démarrons une action au niveau local ! Concrétiser une action dans votre région vous titille ? Vous disposez de petits modes d’emploi grâce aux fiches-actions, dont vous pouvez vous inspirer.

Pas envie de se lancer seul ? Contactez vos partenaires locaux ! Les locales Nature & Progrès, les groupes d’action locale (GAL), les agences de développement local (ADL), votre commission locale de développement rural (CLDR)… Plein de synergies en perspective !

L’ensemble des fiches-actions est disponible sur notre site internet www.agriculture-natpro.be, rubrique « sujets de discussion » - « Reconnecter ».

 Notes:

(1) Extrait de Benoit Toussaint « Le dernier Labour » dans « L’Ardenne agricole » - Tome 2, Editions Weyrich, 2015, 125pp.

(2) Extrait de Marcel Leroy « Les chatons gelés », Editions Presse de l'Economie Populaire, 1969, 191pp. 

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janvier(Janvier 2017)

Encore un article paru dans Valériane, édité par l’asbl Nature & Progrès : « Pourquoi les gens ne changent-ils pas ?, par Guillaume Lohest,  republié via notre site, avec l'accord de Natpro. Un article interpelant...

Pourquoi les gens ne changent-ils pas ?

Tipping points : nous y sommes presque

Nous sommes en train de changer d’époque. Le basculement est d’une ampleur difficilement mesurable, à l’échelle géologique. Ce qui s’annonce est aussi impensable pour le cerveau humain que ne pouvaient l’être l’écriture, l’agriculture à venir ou l’extinction passée des dinosaures pour un cerveau de grand singe d’il y a trois millions d’années. Énormité des constats et des déséquilibres planétaires ; pourtant, tout au quotidien semble suivre son petit bonhomme de chemin. Cette rubrique est consacrée à explorer, sous divers angles, la question suivante : pourquoi les gens ne changent-ils pas ? Deuxième chapitre : le concept de "point de bascule" (Tipping point)

Par Guillaume Lohest

Vous avez entre les mains une branche de bois sec et vous souhaitez la briser en deux morceaux. Vous la posez sur votre cuisse et vous exercez une légère pression des deux côtés. Rien ne se passe. Vous appuyez plus fort, toujours rien, elle résiste décidément. Vous donnez alors tout ce dont vos muscles sont capables et là, soudainement, voici la branche brisée d’un craquement sec. Vous avez passé le point de bascule. Avant : malgré l’augmentation progressive de l’intensité de votre effort, la branche restait exactement la même, aucun changement n’était visible. Après : elle est irrémédiablement cassée, aucun retour en arrière n’est possible. Le changement n’est pas linéaire, il n’est pas proportionnel à notre débauche d’énergie, il suit son propre timing, nous surprend, d’un coup d’un seul parfois. On appelle ce phénomène le "point de bascule", ou encore "seuil critique". On peut l’observer dans des domaines bien différents

Avant les seuils critiques, on sait mais on n'y croit pa

Il en va ainsi du changement climatique à l’échelle mondiale. Les experts n’ont cessé de rappeler qu’il fallait éviter de dépasser le seuil de 2°C de réchauffement, au-delà duquel des boucles de conséquences risqueraient de placer les événements climatiques hors de toute mesure et de tout contrôle. Le problème, c’est que tant que ce seuil n’est pas atteint, la majorité des citoyens et des décideurs continuent de considérer le réchauffement climatique comme une menace théorique. Il est frappant de constater que les États les plus demandeurs d’un accord contraignant, lors de la COP 21 à Paris, étaient les États insulaires déjà directement atteints par les modifications du climat. Ce qui touche directement les gens modifie leur perception du monde, contrairement aux menaces qui sont encore perçues comme abstraites. La solidarité et les convictions sont toujours plus fortes, hélas, quand les temps sont durs !

Ce phénomène amène certains intellectuels à proposer d’autres stratégies de pensée et d’action face aux menaces écologiques. Ainsi, le philosophe Jean-Pierre Dupuy propose un "catastrophisme éclairé" (1) : il faut considérer les catastrophes à venir comme inéluctables, précisément pour pouvoir les éviter. Car "même lorsqu’ils sont informés, les peuples ne croient pas ce qu’ils savent". Il ne s’agit donc pas de brandir des menaces et d’annoncer des catastrophes, comme un prophète de malheur, mais de leur donner le statut de faits avérés. Cette étrange ruse métaphysique a, au minimum, le mérite de proposer une autre voie que l’optimisme niais qui prévaut encore aujourd’hui chez beaucoup d’acteurs politiques et économiques. L’écrivain américain Jonathan Franzen, lui, a même osé s’insurger contre "l’obsession climatique" (2). Non parce qu’il dénie la réalité du changement climatique, mais parce qu’il estime plus efficace de lutter "au présent", dans la pluralité des contextes, des sensibilités et des paysages affectés partout dans le monde.

Résumons.

Les changements d’attitude tardent à venir car certains seuils critiques globaux ne sont pas encore atteints. Cette impasse semble insurmontable, mais la notion de tipping point recèle d’autres implications plus enthousiasmantes. Pour cela, il faut revenir à l’origine sociologique du concept.

Les sociétés peuvent aussi basculer... vers un mieux !

Malcolm Gladwell a écrit un best-seller sur le sujet, intitulé en français Le Point de bascule, comment faire une grande différence avec de très petites choses (3). Il y décrit, en accumulant les exemples historiques et les explications détaillées, comment de très nombreux processus sociaux - modes, changement d’attitudes, taux de criminalité, révolutions même… - émergent sous la forme d’un effet boule-de-neige ou d’une épidémie. "La notion de point de bascule, écrit-il, repose sur cette possible soudaineté du changement, sans doute l’idée la plus difficile à accepter. L’expression "point de bascule" fut d’abord utilisée dans les années septante pour décrire la ruée des Blancs vers les banlieues, dans le nord-est des États-Unis. Lorsque le nombre d’Afro-Américains d’un quartier atteignait un certain point - disons 20% -, la plupart des Blancs quittaient le quartier immédiatement. La communauté, observèrent les sociologues, basculait. Le point de bascule est un seuil, un point d’ébullition, le moment où une masse critique est atteinte."

Cette observation, appliquée au sujet qui nous occupe, est plutôt réjouissante. En effet, cela pourrait signifier que le basculement vers des politiques et des pratiques beaucoup plus écologiques n’exige pas que toute la population soit, au préalable, convaincue de sa nécessité, mais seulement 10 à 15%, proportion qui correspond à un tipping point vers la généralisation d'un nouveau paradigme. Peut-être sommes-nous beaucoup plus proches de ce moment que nous ne le pensons ? Une conscience en train de changer est en somme aussi invisible à l’œil nu qu’un dixième de degré d’augmentation de la température moyenne mondiale. Mais ce n’est pas moins réel, et cela mène aussi à un basculement. Reste à espérer que les basculements sociaux et politiques auront lieu avant les seuils critiques d’effondrement des écosystèmes et des systèmes socio-économiques. Dans un cas comme dans l’autre, la notion de tipping point est précieuse pour comprendre le fait que les changements visibles tardent à apparaître.

Écosystèmes et tipping points positif

Par ailleurs, si des seuils critiques négatifs sont atteints dans beaucoup d’écosystèmes, le phénomène peut exister également dans l’autre sens. Des écosystèmes naturels et les communautés qui les entourent peuvent se régénérer en mettant en place des dynamiques qui profitent de tipping points positifs. "Chaque jour, on nous submerge d’informations sur la dévastation de l’environnement. On lit que les systèmes naturels, des forêts tropicales aux courants océaniques, approchent du "point de bascule" vers des changements irréversibles. Mais, partout dans le monde, des points de bascule environnementaux positifs, qui penchent du côté de la durabilité, font tranquillement leur apparition. Dans des endroits où les régulations par le haut et les techniques de réparation coûteuses ne fonctionnent pas, ces points de bascule offrent une troisième voie pour restaurer les communautés naturelles et humaines. Au lieu d’essayer de réparer les dégâts faits à la nature, ou de changer la nature humaine, ils utilisent le pouvoir inné qu’ont les deux à se soigner eux-mêmes - et l’un et l’autre. (4)"

Les auteurs de ces lignes consacrent un article déjà ancien à deux exemples marquants de rétablissement de points de bascule environnementaux positifs. Le premier concerne la résurrection de la petite île d’Apo, au large des Philippines. Cette île, dont le mode de vie fut décimé par la surpêche moderne, put se réhabiliter à partir de l’instauration d’une interdiction de pêche sur 10% de la surface des eaux environnantes, zone qui fut le point de départ d’une reconstitution des populations de poissons à partir de laquelle un nouveau mode de pêcherie fut adopté par les communautés locales. Le second exemple fait honneur à la réhabilitation des traditionnels johads - des digues de terre - dans le Rajasthan au nord-ouest de l’Inde. Cette région où l’eau est très rare avait connu une spectaculaire érosion des sols, source de destruction des modes de vie et de subsistance. Remettre en fonctionnement les johads, qui avaient été obstrués par le déversement des couches arables du sol, a permis de reconstituer des réserves locales d’eau, accumulées pendant les moussons.

C'est pour bientôt, poursuivons nos engagements

Ces deux cas exemplaires ne sont pas isolés. On peut observer de tels processus partout dans le monde, quand des communautés s’organisent à partir des réalités des lieux et de techniques simples à partager. Ce "point de bascule positif" est d’ailleurs merveilleusement illustré par la célèbre nouvelle de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres (5). C'est le récit d'un homme solitaire qui, sur un aride plateau provençal abandonné, se met à planter des arbres, toute sa vie, si bien qu'il finit par créer une gigantesque forêt qui charrie avec elle l'eau, la vie, la joie. Il s’agit ici d’une fiction, mais dont les mécanismes sont tout à fait réels et trouvent des échos pratiques dans divers projets de reforestation de déserts en divers lieux de la planète. Le fait remarquable, dans ces boucles de rétroactions positives, c’est que les aspects naturels - liés aux écosystèmes - se prolongent spontanément en bienfaits sociaux et culturels, et vice-versa. Retrouver un accès à l’eau permet de remettre sur pied des coopératives agricoles locales, de faire revivre les communautés, de rouvrir des écoles, et ainsi de suite.

Que faut-il en tirer comme enseignements ? Probablement que pour s’investir en faveur de l’environnement, de la biodiversité et des écosystèmes, de l’agriculture biologique et locale, il est indispensable de partir du terrain, de la base et de dynamiques situées dans l'espace et dans le temps. Allons même plus loin : le meilleur moyen de toucher un public de plus en plus large est de commencer de façon localisée, en "intensif". "Qui trop embrasse mal étreint", énonce la sagesse populaire. Inutile donc de viser des objectifs impossibles, trop globaux, théoriques, abstraits. Les États s'en chargent lors d'événements comme la COP21. Quant à nous, citoyens, associations, mouvements, agissons collectivement là où nous sommes, ici et maintenant. Surtout, ne nous décourageons pas si rien, en apparence, ne semble se transformer.

Pourquoi les gens ne changent-ils pas ?, nous demandons-nous en fil rouge de cette rubrique. Peut-être parce que les tipping points - négatifs et positifs - ne sont pas encore atteints. Mais nous y sommes presque. C'est pour bientôt et, selon le type de points de bascule en question, pour le pire… et, ou, pour le meilleur.

 Notes et bibliographie :

 (1) Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Quand l'impossible est certain, Seuil, 2002.

(2) Jonathan Franzen, « Franzen contre l'obsession climatique », Books n° 71, décembre 2015.

(3) Malcolm Gladwell, Le point de bascule, Comment faire une grande différence avec de très petites choses, Flammarion, 2012.

(4) Gérald Marten, Steve Brooks et Amanda Suutari, « Points de bascule environnementaux : les stratégies écologistes vues sous un nouvel angle », L’état de la planète Magazine, n° 24, novembre-décembre 2005.

(5) Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres, La Pléiade, Œuvres romanesques complètes de Jean Giono (1971-1983), t. V. Cf. également le superbe film d'animation à partir de dessins au fuseau, narration par Philippe Noiret (visible sur YouTube).

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(Avril 2019) –   La santé qui vient de sous vos pieds

Une lettre d’informations de Mr. Léopold Boileau (Explora Santé)

La santé qui vient de sous vos pieds

Rappelez-vous le dernier fruit ou le dernier légume que vous avez mangé.

D’où venait-il à l’origine ?Avant, bien avant qu’il ne passe par votre bouche pour entrer dans votre corps ?

Tirez jusqu’au bout le fil de son histoire et vous réalisez que cet aliment est venu, forcément, de notre Terre nourricière. Du sol. De sous vos pieds.

La qualité de vos aliments est d’abord celle de la qualité du sol qui les a fait naître.

Le sol qui se trouve sous vos pieds est tout sauf un objet inerte. Le sol est un être vivant.

Lorsqu’il est malade, nos aliments meurent. Et notre santé court de grands dangers.

Un royaume souterrain caché sous vos pieds

Si vous regardez le sol et restez en surface, vous ne voyez rien bouger, ou presque. Quelques fourmis peut-être ?

Imaginez maintenant que votre regard passe à l’intérieur du sol - un monde vibrant s’ouvre sous vos pieds! Rendez-vous compte : une cuillère à café de terre contient...

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Vous pouvez lire la suite de cet article sur le site :   https://www.explora-sante.com/la-sante-qui-vient-de-sous-vos-pieds/

 Si cette lettre d'information vous a plu, il existe la possibilité de vous abonner aux lettres d’informations sur ce site.

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(Avril 2019)   Comment protéger l'environnement avec notre mode de via actuel ?

La lettre d’informations de Mr. Jean-Marc Dupuis (Santé-Nature-Innovation)du 31 mars 2019.

 

Comment protéger l’environnement

avec notre mode vie actuel ?

Chère lectrice, cher lecteur,

On nous dit que partout dans le monde, les enfants se mobilisent pour la transition écologique.

Ils font grève à l’école, ils défilent dans les rues. Ils demandent aux politiciens d’agir !

Cela fait plaisir de voir une génération qui s’empare ainsi de son destin.

Maintenant, nous qui avons connu le temps où l’on ne gaspillait et ne consommait pas autant, peut-être devrions-nous leur raconter la vraievie traditionnelle. Celle où on ne prenait pas plus à la terre que ce qu’elle pouvait donner.

Celle qui respectait vraiment la nature, sans énergie nucléaire, sans milliards de barils de pétrole brûlés chaque année, sans marées d’automobiles, sans pollution lumineuse, sans intérieurs surchauffés, sans hypermarchés ni objets en tout genre importés à bas prix de Chine, et sans Internet.

Le modèle idéal du recyclage intégral : la ferme française en 1950

Ceux d’entre nous qui ont connu les années 1950 se souviennent du modèle de base de la famille française traditionnelle.

Cette famille vivait dans une ferme, quasiment en circuit fermé. Elle ne gaspillait, pour ainsi dire, rien.

Quand, par chance, on pouvait s’abonner à un journal qui arrivait par la Poste une fois par mois, on le lisait, puis on le découpait soigneusement en rectangles pour servir de papier toilette, toilettes qui se trouvaient, bien entendu, à l’extérieur, sans chasse d’eau, sans chauffage, au-dessus du tas de fumier.

Si on avait de la chance, on avait une fontaine pour l’eau. Sinon, c’était le puits, d’où il fallait tirer de l’eau dans un lourd seau en bois, avec une poulie et une manivelle qui grinçait.

On vivait dans une seule pièce avec le poêle, le lit, la table, une petite fenêtre pour éviter de gaspiller de la chaleur. Ce poêle était en général éteint, même en hiver, puisqu’on préférait se contenter de chauffer l’atmosphère avec le bétail qui vivait en dessous ou à côté, ou bien se tenir chaud les uns contre les autres. Toute la famille couchait dans le même lit.

Il fallait supporter les odeurs intenses de la basse-cour, de la fosse à purin et, bien sûr, les bestioles en tout genre qui proliféraient dans le fumier, les lits, la nourriture…

Il n’y avait, bien entendu, pas de lave-linge, encore moins de lave-vaisselle. Les enfants mettaient du papier journal au fond de leurs chaussures pour les adapter à leur pointure. Le soir, on rapiéçait les habits, on tricotait ; il n’était pas question de jouer à la Game Boy, ni d’acheter des habits à la Halle aux Vêtements ou aux Chaussures, qui n’existaient pas de toute façon.

Pendant les « vacances », on n’allait pas à la piscine ni faire des stages de kayak, de ski ou de parapente. Si l’école s’arrêtait, c’était pour permettre aux enfants (dès l’âge de 6 ans) de participer aux travaux des champs qui commençaient à 4 heures du matin et se terminaient à 22 heures, tous les jours. C’est sans doute une explication, d’ailleurs, du fait qu’on parvenait à dormir très bien sur un lit de paille avec de la vermine qui venait vous piquer pendant la nuit : quand on se couchait, on était vraiment fatigué.

Je sais que mes propos vont énerver. Qu’on va m’accuser encore une fois de faire mon « père la morale » qui agite son index menaçant, en expliquant aux jeunes qu’ils ne connaissent rien à la vie.

Ce que j’explique à mes enfants sur la transition écologique

Dans le discours sur la transition écologique, on explique aux enfants qu’ils peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre : cesser de polluer tout en vivant dans un monde hyper-technologique, riche, sans sacrifier leur niveau de vie, en remplaçant les voitures à essence par des voitures électriques, peut-être même des voitures volantes, en vivant dans des maisons à zéro consommation d’énergie, mais malgré tout ultra-modernes avec tout le confort auquel ils sont habitués et, bien sûr, en continuant à partir en vacances à tout bout de champ, sans doute dans des avions à énergie solaire, et à manger des tomates, des poivrons, des courgettes en plein hiver et, bien sûr, de la viande tous les jours.

C’est peut-être vrai. Mais peut-être pas.

Ma conviction est qu’on ne protégera pas l’environnement tout en continuant à vivre comme aujourd’hui.

Il va falloir faire des sacrifices, des vrais.

Bien sûr, cela ne viendra pas d’un coup. Le changement sera progressif. Il y a des progrès qui vont demeurer, comme, j’imagine, certaines opérations chirurgicales très importantes, certains moyens de transport, certaines machines qui facilitent tellement la production de biens.

Néanmoins, il va falloir apprendre très vite, je suppose, à:

  • vivre sans les mille et un objets en plastique que nous achetons, cassons et jetons quotidiennement (couverts en plastique, sacs plastique, gadgets, accessoires, jouets en tout genre) ;
  • cesser de circuler dans tous les sens : vivre et travailler chez soi ou à côté de chez soi, rester en vacances à la maison pour travailler, en particulier au jardin pour cultiver des légumes et préparer de la nourriture pour l’hiver (vers 1995, je me souviens d’une vieille dame que j’avais rencontrée dans un village du Pas-de-Calais, situé à 15 km de la côte : elle n’avait jamais vu la mer de toute sa vie, elle n’en avait pas eu le loisir) ;
  • remplacer les loisirs, les activités sportives « ludiques » par des activités productives, agricoles ou artisanales, afin de limiter notre dépendance aux importations bien pratiques mais terriblement polluantes et gourmandes en énergie ;
  • recréer des liens sociaux localement : voisinage, solidarité de quartier, pour ne plus dépendre de systèmes de solidarité gérés par l’État mais impliquant une bureaucratie et des moyens humains et financiers énormes ;
  • réapprendre à se nourrir sobrement, avec des produits locaux, de saison ; ce qui implique de se contenter l’hiver bien souvent d’une potée au chou et aux carottes, avec un bout de lard les jours de fête ;
  • renoncer à des traitements médicaux ruineux, comme ces chimiothérapies anticancéreuses qui coûtent jusqu'à 100 000 euros pour prolonger la vie de quelques mois, pour revenir à des remèdes simples, naturels, peu coûteux ;
  • se laver avec parcimonie, avec un gant de toilette, dans une cuvette d’eau tiède, plutôt que par des bains ou des douches brûlants de 300 litres quotidiennement ;
  • se vêtir avec des habits solides, durables, en laine, en cuir, en coton, plutôt qu’à la dernière mode avec des textiles synthétiques, chatoyants, produisant des microfibres polluantes ;
  • s’éclairer uniquement quand c’est nécessaire ;
  • mieux que le « recyclage », qui nécessite une importante dépense d’énergie pour la collecte, le traitement et la fabrication de nouveaux objets, revenir à des objets qui se réparent quand ils sont cassés : vêtements qui se rapiècent, machines et outils qui s’aiguisent, se soudent, dont on ne change qu’une partie, meubles qui se rafistolent, etc. ;
  • se contenter, pour ses distractions, de lire des livres de qualité. Constituer une bibliothèque qu’on se passera d’une génération à l’autre, en n’y ajoutant de nouveaux livres que lorsque cela en vaudra vraiment la peine, pour cesser d’alimenter « l’industrie du loisir », les parcs d’attraction et même les « succès de librairie » purement commerciaux qui font tourner Amazon, Fedex et DHL, sans apporter une once de sagesse supplémentaire à l’humanité.

Apprendre, enfin, à se contenter de vivre de ce qu’on a. Prendre plaisir à passer une après-midi à ramasser des herbes sauvages pour une bonne soupe, par exemple.

Je vous donne la recette d’Émilie Carles* :

« Ça, c’est du plantain et voilà de l’oseille sauvage, de la drouille, de l’ortie ou barbe-à-bouc, du pissenlit, de la doucette, un petit chardon des champs ou chonzio, une plante laiteuse, le laichuron, de la mille-feuille, du chalabrei aux feuilles largement dentelées, de la tétragone ou épinard sauvage, de la langue bogne, une feuille de sauge et un brin de ciboulette. À cela j’ajoute une pointe d’ail, quelques pommes de terre ou une poignée de riz et j’obtiens une soupe onctueuse et délicieuse. Pour la réussir, ce qui importe, c’est de respecter les proportions. Il faut très peu d’herbes de chaque sorte afin qu’aucune ne l’emporte sur les autres. »

Quel beau projet pour une activité scolaire sur la « transition écologique » !

Mais y aurait-il autant de candidats que pour les manifestations dans les rues ?

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

*Il faut faire lire aux enfants Une soupe aux herbes sauvages, d’Émilie Carles, qui raconte son enfance dans les vallées reculées des Alpes.

La nuit de sa naissance, explique-t-elle, il se trouve que la vache (l’unique vache, bien sûr) de la famille a aussi dû donner naissance à un veau.

Malgré l’accouchement de sa femme qui s’annonçait compliqué, son père préféra se rendre à l’étable pour aider la vache à vêler. Il fallait en priorité sauver la vache, sinon c’est toute la famille qui serait morte de faim l’hiver suivant. Sa mère survécut à l’accouchement, mais mourut foudroyée dans un champ quand Émilie avait 4 ans, la laissant orpheline avec ses cinq frères et sœurs.

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EDITORIAL du n°124 de « Valériane », la revue de Nature & Progrès

 

Si l’on veut bien excepter ceux qui ont volontairement fait le choix de l’opposition, c’est un véritable gouvernement d’ "union régionale" qui préside aujourd’hui aux destinées de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Gageons donc que l’unité nous permettra de mieux faire face, car l’heure est grave.

Grave d’un point de vue climatique, ce n’est plus à démonter et, si notre petite région n’est évidemment pas seule en cause, travailler à améliorer sa résilience ne sera évidemment jamais peine perdue…

Grave d’un point de vue écologique car nos conditions de vie - en ce compris les terres où est globalement produite notre alimentation - continuent de se dégrader alors même que notre système agricole essentiellement axé sur le rendement court à la faillite, son principal horizon restant l’exportation sur base de prix fixés mondialement.

Grave d’un point de vue économique car l’heure approche, sans doute, où nous devrons nous débrouiller entre nous et le moins qu’on puisse dire est que la Wallonie n’a pas encore mis sur le métier l’ouvrage de la transformation alimentaire. Grave d’un point de vue politique car les populismes les plus éhontés - et leurs absurdités prêtes-à-gober qui jurent de tout solutionner - sont à nos portes...

L’heure est grave et le temps nous est compté. Nos villes suffoquent sous les voitures immobilisées, le vacarme du ciel et les particules fines, nos forêts dépérissent sous les épisodes caniculaires à répétition, nos campagnes agonisent sous les pesticides.

Et - qui l’eût cru ? - nous manquons de plus en plus fréquemment d’eau…

Or voici donc décrétée l’union sacrée de nos forces politiques, en quête d’une prospérité de plus en plus introuvable.

Tablons dès lors sur les qualités de chacun. Puissent-elles mieux résister ensemble aux puissances cyclopéennes qui écrasent aujourd’hui notre monde.

Rien n’est moins sûr, malheureusement, car les vieux réflexes et les mauvaises manières sont des travers tenaces dont on se débarrasse difficilement…

Sauf dans le secteur bio, bien sûr, où producteurs et consommateurs ont montré, ensemble, qu’un autre monde est possible.

Nature & Progrès, aux prises précisément avec quelques vieilles choses sans avenir, fait pièce dans trois actions en justice.

C’est, dans les trois cas, contraints moralement et forcés par les faits que nous avons dû nous résoudre à aller faire le "sale boulot".

Adressons ici nos plus vifs remerciements à tous ceux qui, par leurs dons, nous permettent de mener ces actions. Mais de quoi parlons-nous ?

1. du glyphosate bien sûr, lie de la honte agricole et poison parmi les poisons : Nature & Progrès est, rappelons-le, co-plaignant dans le dossier de la réautorisation de la molécule, fin 2017, par l’Union européenne.

En dépit d’une grave suspicion d’effets cancérogènes et dans des conditions décisionnelles hautement regrettables pour l’image de nos Institutions, le funeste herbicide fut remis sur le marché pour trois longues années supplémentaires.

La Région de Bruxelles-Capitale - en voilà, du courage politique ! - décida, avec quelques associations dont la nôtre, de porter l’affaire en justice.

Celle-ciest toujours pendante devant la Cour de Justice européenne qui doit se prononcer, dans les prochains mois, sur… la recevabilité du recours ! C’est sans doute le sort de l’agriculture familiale au sein de la vieille Europe qui, lentement, très lentement, se joue à cette occasion…

2. si les néonicotinoïdes ont un mérite, c’est celui d’être plus proches de nous en ce qui concerne la décision… de leur tordre le cou !

Le ministre fédéral de l’Agriculture, hélas, se plia aux intérêts d’un lobby agricole - en prenant une décision que, pensons-nous, il n’est pas en mesure de justifier - afin de déroger à ce que l’Europe avait pourtant bel et bien interdit.

Et ce n’est pas une mince affaire puisque plus de septante mille hectares de cultures de betteraves et de chicorées sont concernés, une saison de plus, par manque d’une écoute suffisamment attentive des agriculteurs et des experts de l’administration.

Associé au Pesticide Action Network (PAN), Nature & Progrès a donc déposé une requête en annulation de la dérogation et une première phase du procès a déjà eu lieu, début juin, devant le Conseil d’Etat où notre vaillant avocat fit face aux six confrères envoyés par la partie adverse.

N’ayant pas été suivis sur la condition de l’urgence, nous plaiderons donc ultérieurement sur le fond du dossier.

Et, bien sûr, nous vous tiendrons au courant…

3. nous vous parlons longuement, en pages 42 et suivantes, de la troisième action menée au sein d’un collectif initié par le Grappe et par Fin du Nucléaire. Nous nous opposons avec la plus grande fermeté au compteur électrique, sorte de GSM mouchard digne de Big Brother, qu’on nous prétend "intelligent" et qu’on va nous imposer.

Nous en avons marre de ces technologies inutiles, inhumaines, polluantes et indiscrètes, emblématiques d’une vision du progrès à présent révolue.

Chez Nature & Progrès, nous préférons cultiver l’autonomie, former et informer le citoyen pour le mettre en capacité de modérer lui-même ses consommations, plutôt que d’engager des robots idiots pour tout faire à sa place.

Place aux humains !

Il est ainsi particulièrement réjouissant de voir que les actions des jeunes en faveur du climat sont de plus en plus soutenues… par leurs grands-parents !

Pour notre santé et celle de la Terre !

            Jean-Pierre Gabriel

Président du conseil d’administration

    de Nature & Progrès Belgique

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Faillite sanitaire du système agricole intensif

 

Le système agricole intensif nous empoisonne ! De plus, le processus européen d’autorisation des pesticides est totalement défaillant car il est intégralement sous la coupe de l’industrie qui les fabrique, ainsi que le montre un récent rapport du Pesticides Action Network Europe. Comment faire pour assurer au simple citoyen des garanties minimales de santé publique ? Demander à l’Europe l’abolition pure et simple des pesticides ! C’est ce que nous vous proposons…

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Par Catherine Wattiez, Dr. Sc.

Les pesticides contaminent, à des degrés divers, toutes les couches de la population : les utilisateurs professionnels, les riverains de zones agricoles et la population générale, dont les groupes les plus vulnérables sont les individus en développement et les personnes âgées.

Un grave problème de santé publique

De nombreuses études épidémiologiques impliquent des pesticides dans plusieurs pathologies chez des personnes exposées professionnellement. Chez les professionnels, ce sont le plus souvent des pathologies cancéreuses, des maladies neurologiques et des altérations du système reproducteur.

L’intérêt de l’exposition des riverains, pour la question des conséquences, est relativement récent. Un nombre croissant de données scientifiques abondent dans le sens d’un excès de troubles divers décris en ce qui les concerne. L’association française Générations Futures suit ce sujet de près et je vous invite à consulter leur site (1). En ce qui concerne la population générale, de nombreuses études indépendantes ont également attiré l’attention sur les effets notamment hormonaux, nerveux et immunitaires d’une exposition à certains pesticides, même à faible dose, lors de périodes clé du développement de certains organes. Cette exposition peut avoir lieu dans l’utérus au niveau du fœtus, et/ou pendant l’enfance et/ou lors de la puberté.

Les pesticides perturbateurs hormonaux, par exemple, peuvent être à l’origine de cancers hormono-dépendants - tels le cancer de la prostate, des testicules et des seins -, d’altérations du métabolisme - menant, par exemple, à l’obésité et au diabète -, de disfonctionnements de l’appareil reproducteur - entraînant une diminution de la fertilité, une puberté précoce chez les filles. Les perturbateurs hormonaux peuvent aussi occasionner des problèmes cardio-vasculaires et provoquer des désordres mentaux et comportementaux - tels l’altération de la mémoire et de l’attention. Ils peuvent agir pas des mécanismes dits épigénétiques, c’est-à-dire qui impliquent l’activation ou la désactivation de l’expression de certains gènes. Certains de ces effets sont héritables et peuvent être transmis jusqu’à la quatrième génération, même si ces individus de quatrième génération n’ont jamais été exposés directement à ces perturbateurs hormonaux. Ceci a été mis en évidence chez le rat.

L’industrie écrit ses propres règles !

Le Règlement européen 1107/2009, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, est tel qu’il ne peut assurer le niveau élevé de protection de la santé et de l’environnement annoncé. Il est complété, de façon également critiquable, par le Règlement 283/2013, établissant les exigences en matière de données applicables aux substances actives.

Disons-le d’emblée : l’industrie des pesticides exerce une grande influence sur tout le processus d’autorisation des pesticides ! Un rapport de février 2018 du Pesticides Action Network Europe, intitulé "Homologation des pesticides - L’industrie écrit ses propres règles" (2), décrit de façon précise cette mainmise de l’industrie qui contribue à déterminer le type de tests requis par la législation et les méthodologies d’évaluation des risques. L’industrie réalise des études sans en publier ses résultats car ces études sont sous le couvert du secret industriel ! Elles ne peuvent donc pas être communiquées et ne peuvent donc pas être évaluées par des experts indépendants. A l’inverse, des études publiées par des experts indépendants - et donc examinées par des pairs - sont rarement prises en considération. Parmi les personnes chargées d’évaluer les tests à l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) ou au niveau des Etats Membres, nombre d’entre elles ont des conflits d’intérêt. La navrante saga de la ré-autorisation du glyphosate illustre bien le problème pour ceux qui ont quelque peu suivi cette question.

L’autorisation d’un produit pesticide, d’autre part, est basée sur la seule toxicité de la substance active. Rappelons qu’un produit pesticide, tel qu’il est utilisé par l’agriculteur ou le simple consommateur, est dénommé "produit formulé". Il est composé d’une substance active et d’autres substances appelées "co-formulants", destinés à faciliter l’utilisation du produit ou à améliorer son efficacité. La nature de ces "co-formulants" est, le plus souvent, considérée comme un secret industriel. Tous sont considérés, à tort, comme des substances sans effet biologique. Or de plus en plus d’études montrent que le produit formulé peut être beaucoup plus toxique que la substance active ! Citons comme exemple une étude de 2007, réalisée par le professeur Gilles-Éric Séralini de l’université de Caen et son équipe (3), qui a montré que le Roundup de Monsanto était, selon le temps d’exposition, jusqu’à mille à cent mille fois plus toxique sur des cellules embryonnaires humaines en culture que sa substance active, le glyphosate seul. Gilles-Éric Séralini et son équipe (4) ont également testé, sur divers types de cellules humaines en culture, la toxicité de neuf produits pesticides - insecticides, fongicides, herbicides -, en comparaison avec celle de leur substance active déclarée. Ces auteurs, qui ont publié en février 2014, ont montré que huit formulations sur neuf sont, en vingt-quatre heures, jusqu’à mille fois plus toxiques que leur prétendu principe actif !

Les effets d’une exposition à des produits formulés ne sont pas investigués sur le long terme. Ce sont les Etats membres de l’Union européenne qui sont, seuls, chargés de l’autorisation des produits formulés. Pourtant, le Professeur Séralini et son équipe (5) ont testé - sur deux ans, ce qui est la durée totale de vie d’un rat de laboratoire - des rats alimentés avec du maïs OGM tolérant le Roundup : du maïs OGM alimentaire non traité fut donné à un groupe de rats contrôle et du maïs OGM alimentaire traité au Roundup fut donné à un autre groupe de rats.

Un troisième groupe était alimenté avec du maïs OGM non traité mais abreuvé avec de l’eau contenant 0,1 µg/l de Roundup, cette concentration étant la limite en glyphosate permise dans l’eau potable en Europe. Ils ont ainsi montré, dans une publication de juin 2014, la survenue chez les rats de grosses tumeurs mammaires et de déficiences des reins et du foie. Ces résultats remettent en question l’innocuité des herbicides formulés à base de glyphosate, sur le long terme, à des concentrations auxquelles ils contaminent la nourriture - le maïs OGM tolérant le Roundup et traité au Roundup - et l’environnement - l’eau.

Quant aux effets cocktails…

La population générale est exposée principalement via l’alimentation, à des cocktails de pesticides, présents à faible dose. Ces cocktails de pesticides peuvent avoir des effets toxiques additifs, antagonistes ou synergiques, par exemple lorsqu’ils sont présents simultanément dans l’organisme à la suite de l’ingestion des aliments. La synergie renforce les effets nocifs de chacune des substances du mélange. Or il n’existe, jusqu’à présent, aucune prise en compte des effets cocktails des pesticides !

Ces effets cocktails sont documentés par un nombre croissant d’études récentes. Nous citerons celle de 2019 du projet européen EDC-MixRix (6) qui a mis en évidence les effets sur la santé de l’exposition combinée à un mélange de substances perturbatrices du fonctionnement hormonal. Des analyses de sang et d’urine chez des femmes enceintes ont permis d’identifier les mélanges de perturbateurs hormonaux présents, ayant des effets délétères sur la croissance et le métabolisme, le développement neurologique et sexuel.

Des effets sur le comportement, le métabolisme et le développement ont été observés chez des animaux exposés au même mélange que celui retrouvé chez les femmes enceintes et ont mis en évidence l’action spécifique de ce cocktail sur l’hormone thyroïdienne responsable, chez l’homme aussi, d’un bon développement du fœtus, du nouveau-né et du jeune enfant. Dans la majorité des cas, les substances évaluées isolément à des doses de concentration similaires à celles retrouvées dans le mélange de perturbateurs hormonaux n’avaient pas d’effets néfastes. De plus, des effets cocktails sont susceptibles de se produire fréquemment dès lors qu’un nombre croissant - environ 27% - de fruits et légumes contiennent de multiples résidus allant de deux à plus de dix résidus différents par échantillon. Ceci selon l’EFSA elle-même (7) qui publie, chaque année, les données relatives aux résidus de pesticides dans l’alimentation des européens. Je rappelle qu’il est conseillé de manger plusieurs fruits et légumes par jour…

Et aux perturbateurs hormonaux…

L’association française Générations Futures a publié, en septembre 2018, un rapport dénommé EXPPERT10 (8), concernant les cocktails de perturbateurs hormonaux dans nos assiettes. Ce rapport se base sur les données officielles relatives aux résidus de pesticides, publiées par l’EFSA. Il montre que, sur environ cent dix mille résidus de pesticides quantifiés au total par l’EFSA, 63 % sont suspectés d’être des perturbateurs hormonaux ! Ceci est évidemment très inquiétant, eu égard aux effets cocktails potentiels engendrés pour des substances - les perturbateurs endocriniens - dont on ne peut prétendre qu’une dose sûre, sans effet, existe.

On constate ici combien les critères d’exclusion des substances actives sur base de leur extrême dangerosité sont insuffisants !

Certaines substances actives sont, en effet, écartées sur base de leur seule dangerosité, sans que l’on ne tienne compte du degré d’exposition de l’homme. Il s’agit des substances classifiées cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) "avérées" et "présumées". Les substances seulement "suspectées" d’avoir ces propriétés pourront toutefois être autorisées. Ces critères d’exclusion concernent aussi les substances peu biodégradables et fortement bioaccumulables et ayant un potentiel de propagation à longue distance dans l’environnement.

Les perturbateurs hormonaux sont, eux aussi, exclus de mise sur le marché mais le niveau de preuve demandé pour être qualifié comme tel est extrêmement élevé ! Les critères scientifiques, adoptés par les Etats membres en décembre 2017 (9), pour qualifier les pesticides de perturbateurs hormonaux exigent la caractérisation précise du mécanisme de perturbation hormonale : il faudra, non seulement, démontrer que la substance active est un perturbateur hormonal et qu’elle a des effets négatifs mais également démontrer le mode d’action par lequel ce perturbateur hormonal crée des effets négatifs. L’industrie pourra donc bien souvent arguer que ces modes d’action ne sont pas connus pour ne pas voir la substance interdite ! Seront alors laissés sur le marché la plupart des pesticides qui sont des perturbateurs hormonaux dangereux. En outre, ces critères scientifiques se limitent aux pesticides qui interagissent avec des hormones spécifiques, telles les œstrogènes, les androgènes, les thyroïdiennes et les stéroïdogéniques.

On peut enfin pointer du doigt, l’insuffisance de certains tests : les méthodologies sont dépassées et les tests incomplets. En outre, on emploie actuellement rarement les tests disponibles évaluant le potentiel de perturbation hormonale, d’immunotoxicité et de neurotoxicité du développement

Nos chances de rester en bonne santé…

Il existe, fort heureusement, des études épidémiologiques récentes nous montrant les avantages pour la santé d’une alimentation biologique. Nous citerons ici l’étude épidémiologique publiée, en octobre 2018, menée par une équipe de l’INRA, de l’INSERM, de l’université de Paris 13 et du CNAM (10), portant sur 68.946 participants. Une diminution de 25% du risque de cancers, tous types confondus, a été observée chez les consommateurs réguliers d'aliments biologiques, par rapport aux personnes n’en consommant pas ou seulement occasionnellement. Le risque de cancer du sein, chez les femmes ménopausées, a diminuée de 34% et le risque de lymphomes de 76%. Manger bio pourrait aussi être associé à la préservation d’une bonne santé cardio-métabolique, en diminuant les facteurs de risque connus du diabète et de maladies cardio-vasculaires.

Ces quelques considérations montrent, d’une part, l’insuffisance patente de protection de la santé du Règlement européen 1107/2009 qui régit le système agricole intensif conventionnel et, d’autre part, les effets favorables au maintien d’une bonne santé d’une alimentation issue de l’agriculture biologique. Nous avons donc ici suffisamment d’excellentes raisons de prôner un arrêt total de l’utilisation des pesticides de synthèse par un changement des pratiques agricoles !

Notes :

(1) Voir : www.generations-futures.fr

(2) Voir : www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2018/02/homologation_industrie_ecrit_ses_regles_050218_finale.pdf

(3) Voir : Benachour N, Sipahutar H, Moslemi S, Gasnier S, Travert C, Séralini GE, Time-and dose- dependent effects of roundup on embryonic cells and placental cells, Arch. Environ. Contam. Toxicol., 2007 July, 53 (1), 126-133.

(4) Mesnage R, Bernay B, Seralini GE, Ethoxylated adjuvants of Glyphosate based herbicides are active principle of human cell toxicity, Elsevier Toxicology, 10 Sept 2012.

(5) Séralini et al, Etude republiée : toxicité chronique de l’herbicide Roundup et d’un maïs génétiquement modifié tolérant le Roundup, Open Access Springer, Environmental Sciences Europe, 2014, 26 :14

(6) Ake Bergman et al, Integrating epidemiology and experimental biology to improve risk assessment of exposure to mixtures of Endocrine Disruptive Compounds, final technical report, 29 June 2019  https://edcmixrisk.se

(7) Voir : https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/5348

(8) Voir : https://www.generations-futures.fr/publications/exppert-10-pesticides-alimentation-perturbateurs-endocriniens

(9) Voir : http://lynxee.consulting/europe-publication-criteres-perturbateurs-endocriniens/

(10) Voir : Inra, Inserm, Université de Paris 13, CNAM, Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio, Jama Internal Medecine, 22 octobre 2018 https://presse.inserm.fr/moins-de-cancers-chez-les-consommateurs-d’aliments-bio/32820

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Comment c’est en train de changer (6)

L’anticapitalisme, impossible slogan, impérieuse nécessité

 

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Sixième volet : faut-il sortir du système capitaliste pour lutter, entre autres, contre le réchauffement climatique ? La réponse à cette question ne donne pas de mode d’emploi pour ce qu’elle implique comme action.

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Par Guillaume Lohest

On l’entend depuis toujours dans les milieux militants mais c’est assez récent dans le grand public et dans les médias : sortir du capitalisme semble revenu à l’ordre du jour. Au printemps dernier, la bloggeuse Emma, qu’on avait découverte grâce à sa mise en BD du concept de charge mentale, a publié un petit livre stimulant, intitulé Un autre regard sur le climat.

Elle y défend l’idée, avec pédagogie et humour, qu’on ne peut rien attendre des capitalistes et des États à leur solde, qu’il faut donc uniquement compter sur l’intelligence et les luttes collectives. Plus récemment, c’est Félicien Boogaerts, créateur de la chaîne YouTube Le Biais Vert, qui interrogeait la figure de Greta Thunberg dans son court-métrage Anita. Il y insinue, avec subtilité mais ambiguïté, la suspicion sur la récupération par le “système” du personnage d’Anita. Et même Nicolas Hulot, qui est loin d’être marxiste, l’affirmait lors de sa démission surprise : “On entretient un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques”…

Réponse : oui !

La question, légitime, reprend donc place dans les grands médias : “Faut-il sortir du système capitaliste pour lutter contre le réchauffement climatique ?” Réponse : oui ! C’est étrange, au fond, quand y pense, qu’on reprenne le problème par cette question-là. Car cela fait des années que le capitalisme vert, la croissance verte, le développement durable, non seulement ont été démontés dans leurs fondements théoriques, mais donnent le spectacle permanent de leur totale inefficacité en la matière.

D’un point de vue théorique, Daniel Tanuro - L’impossible capitalisme vert, 2010 - est l’un des auteurs qui explique le plus clairement pourquoi il est impossible de lutter contre le réchauffement climatique en restant dans le cadre d’une société capitaliste. “Il y a évidemment des capitaux « verts », puisqu’il y a des marchés « verts » et des possibilités de valoriser du capital. Mais la question n’est pas là. Si l’expression « capitalisme vert » a un sens, c’est en effet de supposer possible que le système rompe avec la croissance pour auto-limiter son développement et utiliser les ressources naturelles avec prudence. Cela ne se produira pas, car le capitalisme fonctionne sur la seule base de la course au profit, ce qui s’exprime dans le choix du PIB comme indicateur. Or cet indicateur est totalement inapte à anticiper les limites quantitatives du développement, et encore plus inapte à percevoir les perturbations qualitatives induites dans le fonctionnement des écosystèmes.

Par ailleurs, en-dehors même de toute démonstration théorique, le capitalisme vert est empiriquement en échec, dans les faits. Le développement durable était peut-être, sur papier, une belle idée mais il s’est avéré qu’en pratique, il a seulement pris la forme d’un capitalisme vert totalement inefficace. Les émissions mondiales de CO2n’ont jamais diminué, pas une seule année depuis trente ans. Certains petits malins diront probablement que c’est parce qu’on n’a jamais essayé vraiment le capitalisme vert. On leur répondra que nous n’avons vraiment pas envie de passer les trente prochaines années à réessayer la pire des réponses possibles à laquelle d’ailleurs personne n’a vraisemblablement jamais vraiment cru.

L'anticapitalisme vert...

Le capitalisme vert est une impasse totale, considérons cela pour acquis. Comment expliquer, alors, qu'un vaste mouvement anticapitaliste n'ait pas déjà émergé ? C'est ici que cet article entre en zone de turbulences parce qu'il va prendre à rebours le bon sens militant le plus élémentaire, voire le bon sens tout court. Il faudra certainement mettre ces réflexions à l'épreuve dans les mois à venir mais c'est néanmoins ainsi qu'elles apparaissent, dans le tempo très rapide des mobilisations pour le climat qui se réfléchissent et se critiquent presque plus rapidement qu'elles ne s'organisent. Cette provocation n’est pas gratuite : elle a pour but d’interroger un regain de discours anticapitalistes et antisystème dans l’espace des mobilisations actuelles, discours qui me semblent, en l’état, dépolitisant. Soyons clairs : ce n’est pas l’anticapitalisme comme analyse critique qui est en cause ici mais son déploiement comme étendard, comme une sorte de fétiche qui pourrait soudain nous exonérer de penser le caractère inextricable de notre situation. Mais allons-y, mettons l'hypothèse en pâture.

J'avance donc l'idée que l'anticapitalisme, en tant que discours prosélyte de mobilisation, est une réponse en miroir aussi creuse, aussi rhétorique que la question posée par les médias. "Faut-il sortir du capitalisme pour lutter contre le réchauffement climatique ?", font mine de s'interroger les uns en connaissant parfaitement l'évidence de la réponse. "À bas le capitalisme", clament les militants. Le chien aboie, la caravane (du capitalisme) passe.

… mais l’impossible posture révolutionnaire

Alors oui, le capitalisme est une impasse. Mais faire de ce constat de base une bannière de ralliement l'est tout autant. Pourquoi ? Parce que l’enjeu n’est pas de faire comprendre théoriquement à nos contemporains que Marx avait raison mais de se défaire collectivement des rapports sociaux et de l’imaginaire qui caractérisent le système capitaliste. Or, à brandir des slogans qui laissent penser qu’il existe une chose, le capitalisme, qui nous serait extérieure et qu’il suffirait d’abolir, on se ment collectivement sur l’ampleur du problème. Plus précisément, on cherche à attirer l’attention de tous sur un méga-objet théorique, totalisant, comme s’il s’agissait d’un bloc solide à dynamiter, alors qu’on est plutôt en présence d’un liquide visqueux qui nous colle à la peau, y compris à celle de la plupart des militants anticapitalistes.

L’image vaut ce qu’elle vaut ; je pense que les gens ne s’y trompent pas. Ils savent que la ligne de partage entre exploitants et exploités n’est plus aussi limpide qu’en 1917, qu’elle s’est démultipliée et a colonisé, jusqu’à l’intime, les rapports sociaux. Les classes moyennes et populaires occidentales - tant que l’on peut encore se permettre cette expression - ont comme intériorisé le pacte social passé avec le système capitaliste : elles savent qu’elles lui doivent une bonne partie de ce qu’elles ont encore, de ce qu’elles n’ont pas encore perdu. Elles ont conscience, au fond, que la question n’est pas d’abattre le capitalisme par une démonstration ou une révolution, mais de s’en défaire.

 

Il reste, bien sûr, des milliards de personnes, dans ce monde, qui peuvent légitimement se définir comme totalement perdantes de l’histoire capitaliste, sous tous les rapports d’exploitation, et donc légitimement entrer en révolution contre des adversaires totalement distincts d’eux-mêmes. Ce n’est pas le cas des classes moyennes occidentales. Et elles le savent, confusément peut-être, mais assez clairement pour rendre le kit de la révolution anticapitaliste à la grand-papa peu praticable à leurs yeux.

Et pourtant, ce kit revient en force, sous la forme d’un expédient rhétorique qu’il suffirait de nommer pour solutionner toutes les difficultés d’un seul coup : non seulement celles, gigantesques, de l’intrication des crises - climat, dette, biodiversité, épuisement des ressources, pollutions, inégalités, etc. - mais aussi celles de toute mobilisation de masse, de toute lutte collective : la pluralité des approches, des leaderships, des visions et des stratégies, la superposition des dominations, les dynamiques provisoires et instables, la frustration du manque de résultat, les querelles d’ego.

Militer pour une abstraction

Revenons au climat. Depuis plusieurs mois déjà, des voix s'élèvent pour dire qu'avec les marches climat, on fait fausse route. Que c'est trop gentil. Qu'on n'obtiendra rien de cette manière. Que ce sont des mobilisations de bobos. La frustration et l’impatience montent. On appelle à davantage de radicalité, ce qui, vu la situation, est indispensable !

Le problème ne se situe pas dans cette saine et logique frustration, en soi, mais dans le fait qu’elle amène de nombreux militants à réhabiliter une conception de la militance et de l’engagement que j’estime problématique, voire infantile. Il s’agit de ce que le philosophe Miguel Benasayag appelle “l’engagement-transcendance”. “Dans les dispositifs transcendants, écrit-il, le moteur de l’agir se trouve ailleurs que dans les situations concrètes : dans une promesse.” Appliquée aux mobilisations pour le climat, cette analyse pointe le risque d’une fuite en avant dans un discours anticapitaliste ou, plus sommairement encore, antisystème, qui résonnerait comme la promesse d’un monde non capitaliste, avec un réchauffement climatique qu’il serait encore possible de maintenir sous les 2°C. Cela signifie que l’action militante devient subordonnée à ce rêve, à cette illusion, à ce que Nietzsche appelait un “arrière-monde”, poursuit Benasayag, “un monde derrière celui-ci, paradis sur terre rêvé, société de fin de l’histoire au nom de laquelle on se bat, qui justifie la lutte, le sacrifice de cette vie et que l’engagement a pour but de faire advenir.

L’idéal de “stabilisation” du climat réactive un rêve de stabilisation plus globale : un monde sans capitalisme, sans conflits, sans pollution, sans compétition, sans injustices. Or ce monde est une pure abstraction, il n’existe pas : croire en lui et militer pour le faire advenir condamne ceux qui se livrent à cette chimère à devenir des “militants tristes”, dit Benasayag, car sans cesse déçus par un réel toujours en deçà de leurs attentes. “La “tristesse” du militant renvoie à l’affect propre à l’interprétation du monde qui est la sienne. Pour lui, le monde est une erreur : il n’est pas tel qu’il doit être. Le vrai monde est autre, ailleurs, et militer, c’est sacrifier le présent à l’avenir, ce monde-ci à l’autre, le vrai, le parfait : le seul qui vaille la peine d’être vécu.

Contre un anticapitalisme de posture

Ainsi déçu, aigri, le militant se met à chercher sans fin les causes de l’échec dans des erreurs théoriques et stratégiques. Il accuse les autres militants d’être trop ceci, pas assez cela, endormis, instrumentalisés ou manipulés, jamais assez “purs” en somme. Le bla-bla prolifère, semant la division. C’est la course à qui sera le plus radical, le plus intransigeant. Le moindre lien avec ce qui est assimilé au capitalisme - qui est partout - est signe de compromission. N’y a-t-il pas quelque chose de cet ordre dans les débats sans fin au sujet de la bonne stratégie à adopter au sein des luttes climatiques, dans la suspicion à l’égard de Greta Thunberg, dans les critiques de plus en plus dogmatiques entre différentes chapelles stratégiques, ceux qui organisent les marches, ceux qui ne croient qu’en l’action directe, ceux qui ne croient qu’en la révolution ?

Une analyse anticapitaliste du monde est indispensable mais ne nous dispense pas d’affronter le réel. Elle est à distinguer d’un anticapitalisme de posture qui ne sert, lui, qu’à cela : se masquer à soi-même l’extrême complexité de la situation de lutte. C’est, en quelque sorte, la soupape de sécurité du désespoir militant. Ou, pour le dire positivement, la soupape de sécurité du désarroi vis-à-vis d’un agir complexe, que Benasayag appelle un agir “situationnel”, un engagement-recherche ou un engagement immanent. Ce type d’engagement, au contraire de l’engagement-transcendance, qui “est le fruit d’une raison consciente d’agir”, est “l’expression d’un désir vital. Et c’est ce désir qui fait sa force, celle de répondre au défi de cette époque.

Inlassablement et minutieusement

J’ai conscience qu’il est très compliqué d’accepter ce que disent ces lignes car cela rompt avec la vision classique, tellement répandue, de l’utopie nécessaire pour “changer le monde”. Mais je pense que cela vaut la peine d’essayer de sortir de ce schéma. Sinon, on reste dans une mentalité à la fois religieuse - dans la lutte - et binaire - dans l’analyse. “Puisque les politiques ne réagissent pas, puisqu’il est de toute façon certain qu’on ne pourra contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, alors les marches climat sont inutiles”, pense le militant religieux binaire.

Je pense, pour ma part, que les marches pour le climat sont à la fois totalement inutiles ET absolument indispensables. Vivre et militer au cœur de ce paradoxe implique de sortir d’une vision idéaliste, celle d’un changement qui serait “causé par la volonté et l’action d’une conscience éclairée”, pour lui opposer une “vision plus réaliste du changement comme émergence liée à une série de processus tout à fait décentralisés et aveugles, non voulus et non concertés, donc.

Les marches pour le climat sont totalement inutiles en regard de l’objectif concerté - et un peu abstrait - de maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C. Elles sont par contre totalement indispensables car elles sont une matrice dans laquelle se déploie une pluralité de situations réelles : situations de lutte, de vie, d’analyse, de cheminements, d’alliances, etc. Et toutes ces situations, liées selon les mots de Benasayag à un “désir vital”, et non à un objectif programmatique, peuvent déboucher sur des transformations, peut-être insoupçonnées, peut-être même souvent insoupçonnables. Par ailleurs, dans cet engagement “en situations”, les “groupes, classes, genres, secteurs sociaux, ne sont pas d’emblée et pour toujours dans un rôle invariant : un même groupe profondément réactionnaire dans une situation peut, par exemple, participer dans un autre à l’émancipation, et inversement.

Enfin, contenir au maximum le réchauffement garde du sens, même en-dehors de la fixation d’un seuil réaliste ou souhaitable. On peut lutter en-dehors de la vision “solutionniste” d’un objectif programmatique préétabli. Obtenir des changements radicaux dans les politiques fiscales, agricoles, énergétiques, dans les domaines de la consommation, du logement, etc., tout cela demeure absolument indispensable et urgent, quel que soit le degré de réchauffement. Comme le dit l’écrivain américain Jonathan Franzén dans une tribune extraordinaire, même si on accepte que la bataille du réchauffement climatique est perdue dans sa globalité, “tout mouvement vers une société plus juste et plus civile peut désormais être considéré comme une action significative en faveur du climat. Assurer des élections équitables est une action climatique. La lutte contre l'inégalité extrême des richesses est une action climatique. Fermer les machines de la haine sur les médias sociaux est une action pour le climat. Instaurer une politique d'immigration humaine, défendre l'égalité raciale et l'égalité des sexes, promouvoir le respect des lois et leur application, soutenir une presse libre et indépendante, débarrasser le pays des armes d'assaut, voilà autant de mesures climatiques significatives. Pour survivre à la hausse des températures, chaque système, qu'il soit naturel ou humain, devra être aussi solide et sain que possible.

Se défaire du capitalisme est indispensable, redisons-le. Pour lutter contre le réchauffement climatique entre autres. Mais c’est un point de départ, un moteur, une nécessité au sens philosophique du terme : cela “ne peut pas ne pas être”. Faire de l’anticapitalisme un slogan ou une posture de ralliement reviendrait à transformer cette puissance d’agir en folder marketing - pour les autres -, voire en exutoire - pour soi. Passer de la nécessité au processus de transformation, commencer à se défaire du capitalisme, en un mot, c’est le prendre par tous les bouts de réel où il revêt l’habit d’une injustice précise, d’une insoutenabilité, d’un dégât, d’une exploitation, d’une violence… Pas en mode cosmétique, bien sûr. Il ne s’agit pas de le peindre en vert mais de le prendre et de ne pas le lâcher. De s’en défaire inlassablement et minutieusement jusqu’à ce qu’on constate qu’il n’est plus là.

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Avons-nous besoin des compteurs

« intelligents » pour réaliser une

transition énergétique efficace ?

 

 

 

Imaginez. Vous souscrivez, auprès de votre fournisseur d'électricité, à un pack écoflex qui vous permet de bénéficier d'un tarif bas. Mais, en contrepartie, vous acceptez que ce soit votre fournisseur qui décide quand vous consommez de l'électricité. Concrètement, lorsque vous partez le matin au travail, vous enclenchez votre lave-vaisselle, votre lessiveuse et votre aspirateur-robot et, grâce à un système de communication de données, c’est lui qui choisit d’allumer vos appareils électriques… au moment où ça l'arrange le mieux ! Voici, à terme, ce que permettraient de faire les compteurs dits "intelligents" qui ne sont, en réalité, rien d’autre que des compteurs communicants…

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Par Éric Defourny

Dans l'immédiat, les compteurs de ce type vont surtout permettre aux fournisseurs d'électricité de se passer du relevé manuel de la consommation et de simplifier ainsi la facturation. Le compteur lui transmettra en temps réel la consommation électrique de chaque ménage, permettant également de diminuer la puissance livrée chez les personnes en retard de payement, ou de couper carrément le courant sans devoir intervenir sur place.

Mais de gros problèmes se posent !

Ces nouveaux compteurs - qu'ils soient appelés compteurs communicants, smart meters, compteurs connectés ou même compteurs "intelligents" - soulèvent beaucoup de questions d'ordres très variés. Et ce certainement depuis qu'un Décret wallon et une Ordonnance bruxelloise ont été votés, en juillet 2018 - et publiés au Moniteur en septembre 2018 -, afin d'obliger chaque ménage à se doter d'un tel compteur. Quels sont les problèmes qu’ils soulèvent ?

- Problèmes de protection des données de la vie privée

Avec ces compteurs connectés le gestionnaire de réseau saura à quel moment de la journée vous consommez du courant. Dans le futur, grâce à l’"intelligence" des objets qui n'est autre que l'interconnexion des objets, il pourrait même savoir quels appareils vous utilisez. Toutes les données recueillies par ces compteurs seront transmises au gestionnaire via les réseaux GSM et par Internet. Le réseau électrique va donc être couplé au réseau Internet et, de ce fait, toute la vulnérabilité d'Internet va être étendue au réseau électrique, ce qui comporte beaucoup de risques : risques de piratage, d'espionnage, de vente de données, etc. De plus, la cyber-sécurité des compteurs communicants n'a pas été convenablement pensée car ils ne sont protégés que par des codes assez rudimentaires qu'il est facile de casser pour en prendre le contrôle. Le réseau de transport d'électricité - qui est déjà muni d'électronique mais bien moins que si les compteurs communicants étaient généralisés - fait déjà régulièrement l'objet de cyber-attaques. L'Allemagne a d'ailleurs exigé que les transferts de données des compteurs connectés se fassent au niveau de sécurité des télécommunications bancaires. Mais cette exigence augmente considérablement la consommation électrique et le coût des compteurs communicants, ce qui a amené le gouvernement allemand à faire le choix d'un déploiement sélectif.

- Problèmes de facturation

Dans tous les pays où les compteurs communicants ont déjà été installés, la facture d'électricité des consommateurs a augmenté ! Pourquoi ?

1. La fabrication et le placement de ces nouveaux compteurs, leur consommation d'électricité pour fonctionner et pour transmettre les données qu'ils recueillent, tout cela a un coût qui est inclus dans le montant de la facture d'électricité.

2. En France, l'installation des compteurs communicants nous apprends qu'avec eux, la consommation électrique n'est plus indiquée en kilowatt/heure (Kwh = consommation active d'énergie) mais en kiloVolt/Ampère (KVA = puissance électrique apparente) (1). Cette dernière unité engendre une augmentation théorique de la consommation d'électricité mais aussi une augmentation de la facturation qui, elle, n'a rien de théorique…

3. De plus, une étude hollandaise a montré que sur neuf compteurs communicants testés durant une période de six mois, sept n'étaient pas fiables. Cinq d’entre eux étaient responsables d'une surfacturation, allant dans certains cas, jusqu'à 582 % et deux étaient responsables d'une sous-facturation atteignant au maximum 30 % (2).

Avec ces compteurs, impossible pour le client de contester une facture ! Et s’il refuse de payer, le fournisseur peut diminuer la puissance livrée ou couper le courant, sans même se déplacer…

- Problèmes de santé publique

En Wallonie et à Bruxelles, la technologie qui sera utilisée pour le transfert des données n'est pas encore connue mais ce sera probablement le système GPRS, c'est à dire que les données seront transmises via le réseau GSM. Chaque compteur communicant serait ainsi un émetteur d'ondes électromagnétiques pulsées et leur déploiement massif - étant donné que de grandes quantités de données devraient transiter via le réseau d'antennes GSM - engendrerait une augmentation généralisée de l'exposition de la population à ce type d’ondes.

De très nombreuses études scientifiques ont pourtant montré leur impact négatif sur l'organisme humain, les animaux et les végétaux, affaiblissant notamment le système immunitaire. Les personnes les plus vulnérables sont, bien sûr, les personnes malades, les femmes enceintes et leurs fœtus, les enfants et les personnes électro-hypersensibles. Étrangement, ces dernières ont reçu une attention particulière dans le Décret wallon qui indique que le gouvernement va déterminer les mesures que devra prendre le gestionnaire de réseau pour les utilisateurs se déclarant souffrir d'un problème d'intolérance, dûment objectivé, lié au compteur intelligent. Ce passage a de quoi laisser perplexe car comment fait-on pour objectiver un syndrome qui n'est pas reconnu officiellement ? Un passage similaire, quoique différent, se trouve aussi dans l'Ordonnance bruxelloise.

Certes, ces intentions sont positives mais démontrent surtout la méconnaissance du législateur en matière d'impact de la pollution électromagnétique sur la santé car tout être vivant est électro-sensible et doit avoir le  droit de vivre dans un environnement électromagnétique sain. Rappelons que de nombreuses études scientifiques ont déjà montré que les ondes GSM peuvent (3) :

- avoir des effets génotoxiques,

- avoir des effets sur les protéines de stress,

- avoir des effets sur le système immunitaire,

- voir des effets neurologiques et comportementaux,

- avoir des effets sur la barrière hémato-encéphalique,

- provoquer des tumeurs du cerveau et neurinomes de l'acoustique,

- provoquer des leucémies infantiles,

- avoir des effets sur la sécrétion de mélatonine,

- avoir des effets promoteur sur la genèse du cancer du sein,

- avoir des effets sur la fertilité et la reproduction,

- avoir des effets sur le fœtus et sur le nouveau-né,

- etc.

- Problèmes de fiabilité

Les compteurs communicants sont des appareils électroniques sophistiqués et complexes. Dans tous les pays où ils sont installés, ils se révèlent peu fiables et parfois même dangereux. Les problèmes rencontrés proviennent de pannes et de défauts électriques, électroniques et logiciels, qui provoquent notamment des erreurs de mesures et de facturation, des courts circuits, des échauffements anormaux du compteur… et parfois même des incendies !

- Problèmes écologiques

Remplacer des millions de compteurs électromécaniques simples, robustes et fiables - qui ont une durée de vie de quarante et même parfois de septante ans - par des compteurs électroniques sensibles, fragiles et vulnérables et dont la durée de vie est estimée à quinze ans, est-ce vraiment agir en faveur d'une transition énergétique efficace ? Si l'on tient compte du bilan énergétique des compteurs communicants à partir de leur fabrication, leur généralisation est encore moins justifiée. La fabrication des composants électroniques des nouveaux compteurs nécessite, en effet, l'usage de terres rares dont l'extraction et le raffinage nécessitent énormément d'énergie et engendrent une très importante pollution de l'air, du sol et de l'eau. Les standards écologiques de nos pays ne permettent plus ce genre d'activités minières, ce qui a engendré une délocalisation de ces activités dans des pays lointains bien moins regardants sur la préservation de l'environnement… Le recyclage des composants électroniques des smart meters est extrêmement coûteux car les performances de ces composants reposent sur des combinaisons très fines de nombreux éléments qu'il est très coûteux et techniquement très compliqué de séparer.

Quant aux supposées économies d'énergie que les compteurs communicants permettraient à chaque foyer de réaliser, les analyses permettent d'en douter grandement. La plupart des personnes sélectionnées - jusqu'à 95 % - ont refusé de participer aux "programmes énergétiques intelligents", note Grégoire Wallenborn, docteur en sciences de l'environnement et enseignant à l'ULB et à Paris VΙΙ, dans son "Avis sur les compteurs communicants", adressé aux membres du Parlement Wallon. Les tests visant à montrer l'efficacité des compteurs se sont donc déroulés sur base volontaire et ont, dès lors, impliqué des usagers déjà intéressés par leur consommation d'énergie. Grâce à un instrument informant de la consommation instantanée ou historique, du prix, des émissions de CO₂, etc. installé avec le compteur communicant, les ménages-témoins ont réduit leur consommation électrique de 2 à 4 % la première année, l'effet s’atténuant avec les années. De simples campagnes de sensibilisation sont beaucoup plus efficaces pour aider les ménages à réaliser des économies d'énergie.

Une obligation européenne ?

Le déploiement des compteurs communicants est présenté comme une obligation pour se conformer aux Directives européennes mais ces Directives laissent le soin aux états membres de déterminer si la généralisation des compteurs communicants sur leur territoire est intéressante et nécessaire. Et, en 2012 déjà, les trois régions de notre pays ont fait savoir que leur évaluation n'était pas favorable à l'installation des compteurs communicants !

Vis à vis de l'Europe la Belgique n'a donc aucune obligation d'installer ces compteurs. Preuve supplémentaire que l'"obligation européenne" n'en est pas une :

- l'Allemagne a décidé de renoncer à la généralisation du recours aux compteurs communicants, seuls les gros consommateurs et les prosumers - les clients producteurs et consommateurs d'électricité - y seront équipés de compteurs communicants,

- les Pays-Bas ont décidé de fournir à chaque ménage un compteur communicant mais laissent  le choix au consommateur de s'en servir ou non. Résultat : seulement 25% des ménages l'utilisent.

Un marché juteux !

Quoiqu'en dise le lobby industriel des compteurs communicants - European Smart Energy Solution Providers -, le déploiement des smart meters n'est pas nécessaire à la transition énergétique. Par contre, pour ces industriels, leur déploiement représente, au niveau de l'Union Européenne, un budget potentiel de plus de cinquante milliards d'euros, dont plus de deux milliards d'euros pour la seule Wallonie. En plus de la maintenance du système, une autre source de profits explique l'engouement des gestionnaires de réseau de distribution pour les compteurs communicants : le big data, c'est à dire l'ensemble des données que ces compteurs vont recueillir sur les utilisateurs. Ces données font l'objet de beaucoup d’énormes convoitises car elles peuvent être utilisées à des fins commerciales.

Vers la sobriété numérique

Les enjeux écologiques et sanitaires ne nous permettent plus de perdre du temps avec de fausses bonnes solutions comme les compteurs connectés. Une vraie politique d'économie d'énergie, réellement efficace, doit être mise en place... et rapidement ! Les ampoules, les frigos et les lave-vaisselles ont une consommation électrique de moins en moins importante, ce qui est réjouissant. Mais peu de citoyens admettent encore qu'envoyer un e-mail avec une pièce jointe un peu trop "lourde" équivaut à la consommation d'une ampoule économique pendant une heure ? Et qui sait que regarder un film en streaming engendre une consommation d'électricité, par les serveurs du réseau Internet, largement plus élevée que celle d'une télévision ordinaire pendant la même durée ? Cette consommation électrique ne se trouve pourtant pas sur nos factures d'électricité car c'est le réseau Internet qui consomme le courant. Or la sobriété a aussi toute sa place dans le domaine numérique ! Il peut donc être intéressant de se demander, sans culpabiliser inutilement, s’il est vraiment nécessaire de télécharger tel ou tel document, d'envoyer par e-mail telle ou telle pièce "lourde" - photo, vidéo - ou de laisser son smartphone ou sa tablette allumés ? Ces appareils, même en veille, communiquent en permanence avec l'antenne la plus proche, ce qui engendre une consommation électrique "cachée". Les budgets prévus pour le déploiement des nouveaux compteurs ne pourraient-ils donc pas être beaucoup plus utilement utilisés dans le cadre d'une campagne de sensibilisation au gaspillage permanent d'électricité ? Les compagnies d'électricité semblent vouloir nous aider à faire un maximum d'économies d'énergie. Mais n'est-il pas illusoire de croire qu'une industrie va nous donner des conseils qui vont engendrer une réelle diminution de ses profits ? Un changement de système sera plus que probablement nécessaire afin de pouvoir amorcer une transition énergétique véritablement efficace.

Des alternatives sont possibles !

La décentralisation de la production d'électricité et la multiplication des producteursamènent des changements dans la gestion de l'offre et de la demande. Mais, selon certains spécialistes, la gestion du réseau électrique n'est pas fondamentalement transformée par cette nouvelle situation et des modifications assez simples pourraient améliorer ses performances. Le système actuel de compteurs bi-horaires pourrait, par exemple, être très facilement amélioré afin d'amener plus de flexibilité sur le réseau. Différents niveaux de tarification de l'électricité permettraient d'écouler plus de courant en cas de surproduction - par exemple, quand il y a beaucoup de vent ou de soleil - et de réduire la consommation lorsqu'il y a peu de courant disponible. Des relais électriques ordinaires permettraient d’enclencher ou d'éteindre les appareils consommateurs en fonction du niveau de tarification choisi. Ce système de compteur "multi-horaires" - ou plutôt "multi-tarifs" - serait bien plus simple et efficace que les compteurs communicants, et aurait un coût économique et écologique bien moindre. De plus, il pourrait être facilement mis en œuvre à l’aide d’une technologie électromécanique simple, existante et bon marché, aisée à maîtriser et qui - contrairement aux compteurs communicants - ne consomme pas, par elle-même, d'énergie électrique.

Un recours devant la Cour constitutionnelle…

Un collectif d'associations dénommé Stop compteurs communicants a donc été créé pour que de meilleures solutions émergent. Ce collectif, dont fait partie Nature & Progrès, fut initié par le Grappe - Groupe de Réflexion et d'Action Pour une Politique Écologique - et par Fin du Nucléaire. En mars dernier, il a introduit, devant la Cour constitutionnelle, une demande en annulation des législations sur le déploiement des compteurs communicants en Wallonie et à Bruxelles.

Aux yeux de Nature & Progrès, les compteurs communicants ne seront pas à même d’apporter des solutions efficaces aux défis énergétiques auxquels nous sommes confrontés. Notre souhait est donc que ce recours amène le législateur à mettre en place une politique d'économie d'énergie véritablement efficace, respectueuse de la vie privée, de la santé et de l'environnement.


Pour aller plus loin :

www.stopcompteurscommunicants.be

www.grappe.be

www.findunucleaire.be

www.ondes.brussels/

Nous soutenir dans nos actions ?

Faites un don au compte

BE60 068057535070

 

NOTES :

(1) Clotilde Duroux, La vérité sur les compteurs communicants, éditions Chariot d'Or

(2) Paul Lannoye, Le déploiement des compteurs dits "intelligents" est une fausse bonne idée, www.grappe.be, 9 février 2018

(3) Analyse citoyenne des rapports 2016 et 2018 du comité d'experts sur les radiations non ionisantes. https://www.ondes.brussels/

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Des céréales sans pesticides,

 c’est possible !

Compte-rendu de nos rencontres en fermes

 

Se passer complétement de pesticides chimiques de synthèse en culture de céréales, est-ce réellement possible ?

"Comment faire ? Les cultures vont-elles tomber malades ? Vont-elles subir des attaques ?

 Et que dire des rendements avec toutes les plantes indésirables qui vont pousser sans herbicide ?..."

Les questions sont nombreuses mais les alternatives sont prêtes !

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Par Frédérique HELLIN

Nature & Progrès, soucieux de libérer la Wallonie des pesticides, pour le bien-être de tous, a organisé dix rencontres en ferme, au printemps dernier, pour montrer que des alternatives existent ! Eh oui, nous avons sillonné la Wallonie et sommes allés à la rencontre de seize agriculteurs qui vivent tous de leur exploitation, sans utiliser de pesticides. Et cela fonctionne ! Tous moissonnent leurs céréales et les vendent à bon prix. Leurs fermes sont différentes, ainsi que leur manière de travailler : fermes en polyculture-élevage ou en grandes cultures, labour et non-labour, vaches et moutons - pâturage précoce de céréales -, etc. Néanmoins, tous y arrivent et ne reviendraient pas "en arrière" pour citer l’un d’eux qui se montrait très réticent au passage en bio, il y a cinq ans à peine...

Bernard Maus, de Rolley, témoigne et nous donne peut-être une partie de la solution : "il faut arrêter de penser en rendement et regarder la marge économique par hectare ; ici, à Rolley, nous faisons de très belles marges, notamment grâce aux cultures innovantes."

Sans pesticides, les techniques préventives prévalent sur les techniques curatives, tel le désherbage mécanique qui vient en soutien.

 Nous allons donc en passer une série en revue ; pour avoir accès à l’ensemble des alternatives aux pesticides, en céréales, une brochure sera disponible en cette fin d’année à la librairie de Nature & Progrès. N’hésitez donc pas à nous contacter.

Les techniques préventives

Lorsqu’on souhaite enfin se passer des pesticides chimiques de synthèse, c’est l’ensemble des pratiques agricoles qu’il faut remettre en question. A commencer par la rotation. Christian Schiepers, agriculteur en grandes cultures, introduit d’ailleurs comme ceci la rencontre en ferme qui a lieu chez lui : "en agriculture biologique, fini la rotation triennale ! J’ai remis en place une rotation de type long avec, en tête, une prairie temporaire de deux années. Selon moi, en bio, les problèmes ne sont pas les maladies ou les ravageurs mais bien les adventices. Je me suis vite retrouvé envahi par des chardons et des rumex."

C’est la durée, la diversité et l’alternance des cultures d’hiver et de printemps qui rendront robuste l’ensemble du système. L’alternance sera efficace dans la maîtrise des adventices. La diversité permet aux céréales et aux autres cultures de ne pas subir d’attaques de champignons ou de ravageurs, et les deux font que la rotation s’étale sur plusieurs années : en moyenne entre cinq et dix ans. Les céréales bio sont très rarement malades car naturellement résistantes : c’est lors du choix de la variété qu’on lutte préventivement contre l’enherbement - hauteur de paille, couverture au sol, etc. - ou contre les maladies ou ravageurs. Pour les semences fermières, un nettoyage s’impose avant de semer.

La date du semisest également un levier préventif pour la maîtrise des adventices. Eddy Montignies nous fait part de ses observations : "les céréales semées plus tardivement, dit-il, se portent mieux en termes de vigueur." Au niveau des adventices, passé le 1er novembre, elles ne sont plus nombreuses à germer - plus de vulpin du tout ! - et sont dans de moins bonnes conditions que les céréales, ce qui fera qu’au printemps, elles en seront à un stade précoce et partiront bien avec le désherbage mécanique à la herse étrille et/ou à la houe rotative. C’est un compromis entre le fait que la céréale soit suffisamment développée pour passer l’hiver et le fait de limiter fortement les levées d’adventices. Comme nous le verrons dans la partie "travail du sol", le roulage des céréales, après semis, est indiqué. Lors des rencontres, la date du 15 octobre est souvent la norme mais d’autres n’hésitent pas non plus à la dépasser, comme par exemple Christian Schiepers avec son triticale/pois semé le 16 décembre...

En agriculture biologique, il est souvent conseillé de semer plus dense - entre 10 à 15% - pour limiter l’effet du désherbage mécanique et de certains ravageurs comme les oiseaux. Lors des rencontres en ferme, les agriculteurs disent ajuster leur densité de semis en fonction des conditions : semences fermières ou non, prédateurs ou non, dispositif agressif de désherbage ou pas. A la ferme de la Roussellerie, on sème à deux cents kilos par hectare pour le froment car la prédation par les oiseaux est importante et le désherbage intense, tandis que David Jacquemart préconise un semis léger - à raison de cent cinquante kilos par hectare - afin de ne pas épuiser la terre…

La monoculture n’existe pas dans la nature ! Christian Schiepers le sait et a fait de ses cultures en mélanges un atout : "lorsqu’il y a des adventices dans un champ, constate-t-il, il y en a rarement plus de quatre à cinq espèces différentes. Faire des associations avec quatre à cinq espèces différentes de cultures est donc une solution pour limiter les adventices…" En termes d’alternatives, on favorisera les cultures associées - orge/avoine/pois ou triticale/pois jaune - ou encore plusieurs variétés d’une même céréale - une même précocité mais des ports de feuilles différents pour une meilleure couverture du sol - et enfin des populations - un grand nombre de variétés différentes cultivées ensemble, ce qui se fait de plus ou plus souvent avec le retour des variétés anciennes, populations de blés anciens…Une des observations sans équivoque faite lors des rencontres en ferme est l’importance de passer par le compostage du fumier, c’est-à-dire une montée en température à environ 70°C - afin de tuer les semences de rumex. William, de la Ferme des Loups, et Bernard Maus, de Rolley, ont tous deux vécu les deux situations et ne passent plus à côté de la nécessité de sous-traiter le compostage du fumier.

La gestion de l’interculture est également cruciale : un sol couvert le plus souvent possible laissera moins de chance aux adventices. L’interculture offre donc de belles opportunités pour renforcer l’équilibre et la fertilité du sol, observer comment se portent les cultures, faire des cultures supplémentaires, etc. D’une manière générale, le travail du sol agit négativement sur la présence des adventices. Après la moisson, on commence donc par le déchaumage - attention toutefois au déchaumeur à disques, aussi appelé "multiplicateur à rumex et à chardons", qui fait souvent office de faux-semis, quand les conditions le permettent. Qu’on installe ou non une culture intermédiaire, c’est un labour qui viendra la détruire et "remettre les compteurs à zéro pour commencer une culture sur un sol sain", comme l’affirment certains. Il s’agit aussi de veiller à ne pas incorporer de la matière organique fraîche dans les premiers horizons du sol, pour limiter la multiplication, de taupins.

L’état de propreté du champ de céréales est un sujet sensible. En comparaison avec un champ conventionnel, tous les champs semblent sales mais, à côté de cela, une juste tolérance vis-à-vis des adventices est importante également, ainsi qu’une remise en question sur le rôle qu’elles jouent. Citons, à ce sujet, Michel Sencier par la bouche d’André Grevisse : "il n’y a pas de mauvaises herbes, la terre fait juste pousser ce dont elle a besoin pour guérir." On se rend compte néanmoins que, sur le terrain, certaines d’entre elles posent plus de problèmes que d’autres. Et c’est bien pour cela que le désherbage mécanique existe et qu’il est en perpétuel évolution : binage par GPS, réglage hydraulique des dents de la herse étrille, etc

Les techniques curatives

Lorsque les pratiques préventives sont mises en place, le désherbage mécanique intervient sur des adventices au stade précoce, du stade filament au stade deux feuilles. Les outils qui sont à la disposition des agriculteurs sont la herse étrille, la houe rotative, l’étrille rotative et la bineuse.

Pour cette dernière, les céréales doivent être semées avec un écartement de minimum dix-huit centimètres ; elle est efficace même sur des adventices plus avancées. La herse étrille fait partie du matériel de base des agriculteurs - ou des entrepreneurs - travaillant en bio. Tout comme la houe rotative et l’étrille rotative - un intermédiaire entre les deux -, elle travaille "en plein" et arrache aussi bien les adventices sur la ligne que dans l’interligne.

Ce travail a longtemps été pratiqué - comme Christian Schiepers, André Grevisse et Philippe Loeckx nous l’on rappelé lors des visites - pour des raisons de minéralisation, au printemps : "un passage de herse étrille, c’est dix unités d’azote", en cassant la croûte.

Sans herbicides, c’est aussi sur le long terme qu’on lutte contre les adventices : on travaille à limiter le stock de graines pour les prochaines cultures. Dans le cadre de cette prévention à long terme, la ferme de la Roussellerie utilise au besoin une écimeuse, c’est-à-dire une machine qui vient couper les adventices au-dessus de la céréale, avant la récolte, et limite ainsi la propagation des graines. Ce principe est aussi utilisé dans les moissonneuses-batteuses, avec la récolte des menues pailles.

Au niveau des maladies et des ravageurs, nos rencontres en ferme ont montré qu’ils étaient rares en bio et que les moyens de traitements en céréales sont d’ailleurs inexistants : des produits autorisés en bio ne seraient pas rentables dans ce type de culture. La clé réside donc dans les pratiques agricoles qui visent l’augmentation de la biodiversité souterraine, l’équilibre et la fertilité du sol, ainsi que la biodiversité aérienne des alentours directs et indirects de la culture, comme les insectes et plantes auxiliaires.

Conclusion

Travailler en bio, c’est aussi innover, c’est se creuser la tête et aller chercher de l’aide - Biowallonie, centres pilotes, CETA, formation, etc. -, c’est tester de nouvelles choses en lien avec les observations posées sur la ferme. A l’instar de Christian ou de Bruno, le pâturage précoce des céréales par des moutons est une idée innovante - elle est suivie par la recherche ! - pour limiter le travail du sol, l’enrichir et apporter et préserver la biodiversité des campagnes. Seul bémol, pour citer Bruno Greindl : "c’est qu’il faut tout clôturer…"

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